LIVRE VII
guerre seule pouvait décider entre les deux compétiteurs. Les mécontents, encouragés par la défection du fils du dernier roi , furent en éveil par toute l'Angleterre, et se préparèrent au combat. « Ils m'ont « fait roi, disait Etienne, et à présent ils m'aban- « donnent; mais, par la naissance de Dieu, jamais on « ne m'appellera roi déposé ^ » Pour avoir une armée dont il fut sûr, il assembla des auxiliaires de toutes les parties de la Gaule : «comme il promettait une « forte paye, les soldats venaient à l'envi se faire « inscrire sur ses rôles, gens de cheval et gens d'arec mure légère, surtout Flamands et Bretons ^. »
La population conquérante de l'Angleterre était encore une fois divisée en deux factions ennemies. L'état des choses devenait le même que sous les deux règnes précédents, quand les fils des vaincus s'étaient mêlés aux querelles de leurs maîtres, et avaient fait pencher la balance de l'un des deux cotés, dans le vain espoir d'obtenir une condition un peu meilleure. Quand de semblables conjonctures se présentèrent sous le règne d'Etienne, les Anglais de race se tinrent à l'écart, désabusés par l'expérience du passé. Dans la querelle d'Etienne et des partisans de Mathilde, ils ne furent ni pour le roi établi, qui prétendait que sa cause était celle de l'ordre et de la paix publique, ni pour la fille du Normand et de la Saxonne : ils tentèrent d'être pour eux-mêmes ; et
1 . Per nascentiam Dei , uunquam rex dejectus appellabor. (Wil- Iclm. Malmesb. Hist. nov., lib. I, apiid Rer. awjlic. Script., p. 18u, cl. Savile.)
2. Currebatur aJ eum ab orauium generani militibus et a levis armaturaî homiuibus maximeque ex Flandria et Britannia. (Ibid., p. 169.)
U37 l'on vit se former en Angleterre, ce que l'on n'v avait point vu depuis la dispersion du camp d'Elj. une conspiration nationale, en vue de l'afFranchissement du pays. « A un jour fixé, dit un auteur con- « temporain, on devait partout massacrer les Nor- « mands *. »
L'historien ne détaille pas comment ce complot avait été préparé, quels en furent les chefs , quelles classes d'hommes j entrèrent, ni dans quels lieux et à quels signes il devait éclater. Seulement il rapporte que les conjurés de 1137 avaient renouvelé l'ancienne alliance dés patriotes saxons avec les habitants du pays de Galles et de l'Ecosse '^ , et que même ils avaient dessein de mettre à la tête de leur royaume affranchi un Écossais, peut-être David, le roi actuel, fils de Marguerite, sœur d'Edgar ^. L'entreprise échoua, parce que des révélations ou de simples indices parvinrent au Normand Richard Lenoir, évêque d'Ely, sous le secret de la confession*. Dans ce siècle, les esprits les plus fermes ne s'exposaient guère à un danger de mort évident sans avoir mis ordre à leur conscience ; et quand l'affluence des pénitents était plus grande que de coutume, c'était un signe presque certain de mouvement politique. En épiant sur ce point la conduite des Saxons, le haut clergé, de
1. Coiispirationem fecerant et claiidestinis macliinationibus sese... iuvicem animaverant.iit, constituto die, Xormamios omnes occidereiit. (Orderic. Vital. Hist. ecdesiast., lib. XIII, apud Script, rer. normann., p. 912.)