‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 5)Chapitre 26 sur 268 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Raoul, vint, avec une suite nombreuse, à la cour io67 tenue par le roi Guillaume durant la solennité pascale'. Les Français, non moins que les Normands, considéraient avec un plaisir mêlé de surprise la vaisselle ciselée, d'or et d'argent, et les coupes à boire des Saxons, faites de grandes cornes de buffle garnies de métal aux deux extrémités -. Ils s'émerveillaient de la beauté et de la longue chevelure des jeunes Anglais, otages du roi normand 2. « Ils remar- « quèrent, dit le narrateur contemporain, ces choses « et beaucoup d'autres également nouvelles pour eux, a afin de les raconter dans leurs pays^ »

Pendant que cet appareil de fête était déployé sur l'une des rives du détroit, sur l'autre l'insolence des vainqueurs se faisait sentir à la nation subjuguée.

1. Raoul, comte de Vermandois et de Mantes, époux en secondes noces de la reine Anne, mère de Philippe I^'.

2. Curiose hi cura Normannis cernebant.. . vasa argentea sive aurea admirabantur quorum " de numéro vel décore vere narrari possint incredibilia. His tantum ex populis cœnaculura ingens bibebat aut cornibus bubalinis métallo decoratis eodem circa extremitates utrasque. (Guill. Pictav., apud Script, rer. normann., p. 211.)

3. Crinigeros ahimnos plagos aquilonalis... nec enim puellari venustati cedebant. (Ibid.) — Cette mode nationale des cheveux longs et bouclés, qui rendait la jeunesse anglaise plus belle aux yeux des étrangers, était depuis quelque temps blâmée en Angleterre, comme un signe de mollesse, par un évêque réputé saint. Il avait pour habitude de couper la chevelure des jeunes gens qui s'approchaient de lui avec un petit couteau qui lui servait à se rogner les ongles. L'auteur de sa vie ajoute : Si qui repugnandum putarent, eis palam exprobrare mollitiem... qui semularentur capillorum fluxu fœminas non plusquam fœminae valerent ad defensandam patriam contra génies transmarinas. (Vita sancti Wulstani., Wigorn. episc, Ânglia sacra, t. II,

4. Denique plurima hujuscemodi competentia regali mnnificentiœ notabant, quœ reversi domum ob novitatem praedicarent. (Guill. Pictav., apud Hist nonnan». s-'W/U., p. 211.)

40 CONQUÊTE DK L'ANGLETERRE

IJ67 Les chefs qui gouvernaient les provinces conquises accablaient à l'envi les indigènes, soit gens de haut rang, soit gens du peuple, d'exactions, de tyrannies et d'outrages ^ L'évêque Eudes et le fils d'Osbern, orgueilleux de leur nouvelle puissance, méprisaient les plaintes des opprimés, et leur refusaient toute justice^ ; si leurs hommes d'armes pillaient les maisons ou ravissaient les femmes des Anglais, ils les soutenaient et frappaient sur le malheureux qui, atteint par ces injures, osait s'en plaindre tout haut'. L'excès de la souffrance poussa les habitants de la côte de l'est à tenter de s'aiffranchir du joug des Normands, à l'aide d'un secours étranger. Eustache, comte de Boulogne, le même qui, sous le règne d'Edward, avait occasionné tant de tumulte en Angleterre S était alors en discorde et en inimitié avec le roi Guillaume, qui retenait son fils prisonnier. La haine du roi normand rapprocha les Anglais de cet homme qui avait été naguère un de leurs plus grands ennemis ; ils connaissaient sa puissance et son habileté à la guerre, ils voyaient en lui un allié naturel à cause de sa parenté avec le roi Edward, et, s'il leur fallait maintenant obéir à un étranger,

1. Prsefecti minores, qui munitiones custoclielDant, nobiles et médiocres indigeuas injustis exactionil^uî miiltisque contumeliis aggravabant. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., apud Hist. normann. Script., p. SOT.)

2. Nimia cerricositate tumetant et clamoi-es Anglorum rationabiliter audire, eisque œquitatis lance suffragari despiciebaat. (Ibid.)

3. Armigeros suos immodicas prœdas et inoestos raptus facient.s vi taebantiir, et super eos qui gravibus coiitumeliis affecti querimonias agebaiit magis debacchabautur. (Ibid., p. 508.)

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