LIVRE IV
rompre leur pacte avec l'étranger, et à suivre le ^^i parti des gens de bien et des braves *.
La nouvelle de cette agitation et de ces manœuvres, parvenue à Guillaume dans sa province de Gaule, le força de précipiter son retour en Angleterre. Il s'embarqua au port de Dieppe, au mois de décembre, par une nuit froide, et, à son arrivée, il mit dans les places fortes de la province de Sussex de nouveaux gouverneurs choisis en Normandie parmi les hommes auxquels il se fiait le plus. Il trouva dans Londres une fermentation sourde qui semblait présager quelque mouvement prochain : craignant que ses trois châteaux forts, avec leurs tourelles garnies de machines, ne fussent pas capables de le protéger contre une insurrection populaire, il résolut d'en prévenir ou d'en éloigner le moment, et déploya sa ruse, cette ruse de renard que la tradition anglaise lui attribue S pour assoupir l'esprit patriotique qu'il désespérait de briser. Il célébra eu grande pompe, à Londres, les fêtes de Noël, et, rassemblant autour de lui plusieurs des chefs et des évêques saxons, il les accabla de fausses caresses ; il se montrait plein d'affabilité, et donnait à tout venant le baiser de bienvenue * ; si l'on demandait,
1. ... Obsecrantes atque obtestantes, tanquam gratia rerum publi" carum, ut extraneos deserens, optimorum hominum suœ nationis ej consanguinitatis voluntatem sequeretur. (Guill. Pictav. , apud Script, rer. normann. p. 212.)
2. ... Calliditate régis vulpina. (Matth. Paris. Vitse abbatum S. Alhani, 1. 1, p. 47.) — Ibique pontificibus anglis proceribusque multa calliditate favit. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., apudH«J<. normann. Script., p. 509.)
3. Ipse omnes officiosc affecta demulcebat, dulciter ad osoula in- Ttiabat. (Ibid.)
,067 il accordait; si l'on conseillait, il écoutait; tous furent dupes de ses artifices K
Après avoir ainsi gagné une partie des gens en crédit, le roi Guillaume se tourna vers le peuple; une proclamation, écrite eu langue saxonne, et adressée aux habitants de Londres, fut publiée en son nom, et lue à haute voix dans les églises et sur les places de la ville. « Apprenez tous, y disait-il, quelle est ma « volonté. Je veux que, tous tant que vous êtes, vous «jouissiez de vos lois nationales, comme dans les «jours du roi Edward; que chaque fils hérite de son « père, après les jours de son père, et que nul de « mes hommes ne vous fasse tbrt^. » A cette promesse, quelque peu sincère qu'elle fût, l'effervescence se calma dans Londres ; le soulagement présent rendit les esprits moins disposés à courir les chances périlleuses d'une grande opposition au pouvoir. Exemptés pour un moment des trois fléaux que la conquête avait apportés en Angleterre, les violences, les lois étrangères et l'expropriation, les habitants de la grande cité saxonne abandonnèrent la cause de ceux qui souffraient, et, calculant le gain et la perte, résolurent de se tenir en repos. On ne sait combien de temps ils jouirent des concessions du vainqueur , mais ils le laissèrent alors s'éloigner impunément de Londres, avec l'élite de ses soldats, pour aller soumettre les provinces encore libres.
1. Cimctis affabilitatem ostendehat ; bénigne si quid orabant, concedebat; prompto si nuntiabant aut suggerebant, auscultabat. (Orderic. Vital. Flist. eccleaiast., apud Hist. noimann. Script., p. 509.)
2 And ic wylle thœt œlo cyld Léo l.is lâcher yrfnume aeftor tis faîlher dœge. (Maitland's History o( London, p. 28.)