LIVRE IV
vrir les portes en gagnant ses gardiens a prix d'ar- loes gent '. Il alla secrètement au port de Grirasby, à l'embouchure de l'Humber, trouver des marchands norvégiens dont le vaisseau était près de mettre à la voile. Par un hasard fâcheux, ce vaisseau avait été retenu pour le passage de certains ambassadeurs que le conquérant envoyait dans le Nord, afin de dissuader les rois de ce pays de prendre intérêt à la cause des Saxons et de leur prêter secours. Les Norvégiens n'hésitèrent point à sauver le jeune fugitif, et le cachèrent au fond de leur navire, si bien que les inspecteurs normands de la côte, qui en firent la visite au moment du départ, ne s'aperçurent de rien'-. Les ambassadeurs s'embarquèrent, et quand on eut perdu la terre de vue, l'otage se montra tout à coup, à leur grand étonnement. Ils voulurent que les matelots retournassent à terre, afin, disaient-ils, de rendre au roi son fugitif ^ mais les Norvégiens, se moquant d'eux ,- répondaient : « Le vent est trop « bon, le vaisseau va trop bien ; ce serait dommage « de perdre l'occasion. » La querelle s'échauffant de part et d'autre, on en vint à prendre les armes ; mais [a force était du côté des matelots, et à mesure que e navire avança en pleine mer, les Normands devin- [•ent plus traitables *.
1. In lincolniensi Castro incarceratus fuerat inter alios Anglorum bsides. (Successio primorum eccles. dunelmensis, Anglia sacra, t. I, . 786.)
2. Innavi... exactores régis scrutinia fecerant. (Roger de Hoved. [nnal., pars I, apud Rer. anglic. Script., p. 456, éd. Savile.)
3. Ut, depositis velis, navem cum fugitive régis ad Angliam quoque ïodo reflecterent. Ibid.)
4. ...Quantoque magis terrœ appropinquabant, taiito magis illis se umiliabant. (Ibid.)
Partis de la ville de Lincoln, que, par une espèce d'euphonie française, ils appelaient Nicole ', les soldats de l'invasion marchèrent sur York. Dans le lieu où se rapprochent les rivières dont la jonction forme le grand fleuve de l'Humber, ils rencontrèrent l'armée confédérée des Anglo-Saxons et des Gallois. Là, de même qu'à la bataUle de Hastings, par la supériorité de leur nombre et de leur armure, ils chassèrent l'ennemi de ses positions vainement défendues pied à pied. Un grand nombre d'Anglais et de Gallois périrent ; le reste s'enfuit vers York pour j chercher un refuge; mais les Normands qui les poursuivaient arrivèrent avec eux sous les murs de la ville, où s'acheva la déroute des insurgés et de leurs auxiliaires *. Frappés de crainte à la vue de ce désastre et au bruit de la présence du roi, les habitants d'York lui ouvrirent leurs portes et lui en présentèrent les clefs avec des otages \ Les débris de l'armée patriotique, ou, si l'on veut parler comme les vainqueurs, de la troupe des séditieux et des brigands, descendirent sur des bateaux le fleuve de l'Humber ^ ; ils remontèrent ensuite, au nord, vers
1. ... E sire Willm de Grey ki fust purchaçour e vescount de Niehole. {Monast. anglic, Dugdale^ t. Il, p. 645.)
2. A quo protinua ita profligati sunt ut quamplurimi perimerentur et reliqui intra mœnia oppidi reftigere compellereutur. (Willelm. Gemet. Eist. Normann., apud Script, rer. normann., p. 290.)
3. ... Normanni vero e vestigio eos consecuti sunt. (Ibid.) — Haec Eboracenses ut audieriint, extimentes maturata deditioue vim deolinaverunt, regique claves civitatis cum obsidibus dederunt. (Orderic. Vital. Eist. ecclesiast., apud ibid., p. 511.)
4. ... Per Humbre fiuvium, navibus dispendium mortis effugerunt. (Willelm. Gemet. Hist. Normann., apud Hist. normtmn. Script., p. 290.) — ... Seditiosi, sicarii, latruuculi. (Ibid., et passim.)