‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 5)Chapitre 41 sur 268 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

le pays des Écossais ou vers les territoires anglais tm voisins de l'Ecosse. Là se fit le ralliement des vaincus d'York; «là se retirèrent, dit un vieux chroniqueur, « Edwin et Morkar, les nobles chefs, ainsi que d'au- « très hommes de grande distinction, des évêques, «des clercs, des gens de tout état, tristes de voir « leur cause la plus faible, mais ne se résignant point « à l'esclavage *. »

Les vainqueurs bâtirent une citadelle au sein de la ville d'York, qui devint ainsi une place forte normande, et le boulevard de la conquête au nord *. Ses tours, garnies de cinq cents chevaliers et d'un nombre au moins quadruple d'écuyers et de servants d'armes, menacèrent le pays des Northumbriens. Cependant l'invasion ne continua point alors sur ce pays, et il est même douteux que la province d'York ait été occupée dans sa largeur, depuis rOcéan jusqu'aux montagnes de l'ouest. La capitale, soumise avant son territoire, était le poste avancé des conquérants, et un poste encore périlleux ; ils y travaillaient jour et nuit à tracer leurs lignes de défense; ils forçaient le pauvre Saxon, devenu leur homme de corvée, à creuser des fossés et à, construire des retranchements pour ses ennemis. Craignant d'être assiégés à leur tour, ils rassemblaient de toutes parts et entassaient dans leur cantonnement des munitions et des vivres.

1. ... Videntes partem suam infirmiorem, et servira renuentes. Matth. Wesmonast. Flor. histor., p. 225.)

2. Ipse tanien , quia fidem illorum siispectam habait, in urbe ipsa mmitionem finnavit, quam delectis militibus custodiendam tradidit. Orderic. Yital. Hist. ecclesiast,^ apud Illst. noimanit. Script.,:^. 511.)

«68 Dans cette ville nouvellement réduite, à la tête d'une population pour laquelle commençait l'épreuve du gouvernement étranger, il y avait un homme qui, seul entre tous, semblait devoir être exempt de l'oppression et des avanies de ia conquête. C'était l'archevêque d'York, Eldred, qui, après avoir concouru à l'élection du roi Edgar et s'être soumis avec lui, avait prêté son ministère au sacre du roi Guillaume et lui gardait depuis lors une inviolable fidélité. Il était, parmi les évèques d'Angleterre, le ciief du parti de l'obéissance et de la paix, et la reddition d'York sans combat avait été, en partie du moins, l'œuvre de son influence'. Il croyait qu'un droit supérieur à toute considération humaine était né, pour Guillaume, de la consécration religieuse, et trouvait que a le nouveau roi ne remplissait pas envers la n '.cion les promesses de son sacre, il les tenait uiieux envers l'Église, ménageant, sauf le cas de rébellion flagrante, les personnes et les biens ecclésiastiques ^ Eldred se flattait qu'un jour le respect pour le clergé amènerait, la paix aidant, plus de modération à l'égard du peuple, et cette pensée

1. Sane pontifices quidam obsequio regio studebant, maxime Adelred, primas eboracensis. (Guill. Pictav., apud Hist. normann. Script., p. 213.) — Sur les premières dispositions des citoyens d'York, Orderic Vital dit : Eboracensis civitas ardentissime furit, quam sanctitas pontificis sui sedare nequit. {Hist. normann. Script , p. 511.)

2. L'énorme quantité de vases et d'ornements sacrés, dont Guillaume avait fait des largesses aux églises de Normandie et de toute la Gaule, passait, contre toute évidence, pour lui avoir été donnée volontairement par les églises d'Angleterre : Abundantes ecclesise transmarinx aliqaa et libentes, quœ in Galliam Iransferret, dederunt. (Guill. Pictav., apud Hist. normann. Script., p. 211.) — Voyez, pour les promesses du sacre, Roger de Hovedeu, p. 450, éd. Savile.

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