LIVRE IV
dit* : «Écoute, roi Guillaume : tu étais étranger, im « et, Dieu voulant punir l'orgueil de notre nation, tu « obtins, par sa permission, quoiqu'au prix de beau- « coup de sang, le royaume d'Angleterre ; alors je «t'ai consacré roi et, en te bénissant, j'ai posé la « couronne sur ta tête. Mais aujourd'hui que tu l'as « mérité, je te maudis comme persécuteur de l'Église « de Dieu, oppresseur de ses ministres et violateur « des promesses que tu m'as faites avec serment de- « vaut l'autel de saint Pierre '. » Intrépide au milieu des plus grands dangers, Guillaume était, comme tous les esprits de son siècle, accessible aux terreurs soudaines d'une forte impression religieuse. Il fut troublé de ce spectacle et de ces paroles étranges pour lui, et se jetant aux pieds de l'archevêque, il lui demanda par quelle faute il avait pu encourir une telle sentence*. En même temps, les seigneurs normands qui l'entouraient, saisis d'une tout autre émotion, adressèrent à l'archevêque des paroles de colère, le menaçant de la mort ou de l'exil pour l'affront qu'il faisait à un si grand prince, et lui ordonnant de relever aussitôt le roi agenouillé devant lui^
1. Cnm autem venisset coram rege, etrex ei assurgere et oscnlum porrigere parasset, ille substitit. (Thomas Stubbs, Actus pontifie, eborac, col. 1703, éd. Selden.)
2. Nunc autem, quia ita meruisti, pro bénédictions maledictionem tibi imponam, sicut Ecclesiœ Dei persecutori, et ministrorum ejus oppressori, et promissionum atque juramentorum, qua3 mihi coram altare saneti Pétri jurasti, transgressori. (Ibid.) — Gulielm. Neubrig., apud Scrjpt. rer. brilann. antiq., p. 357. — Anglia sacra, t. I, p. 294.
3. Cujus motus ille non sustinens, ad pedes ejus procidit, veniam petiit, satisfactionem spopondit. (Gulielm. Neubrig., apud Script, rer. brilann., p. 357.)
4. Qui vero asBistebant régi primates regni, ia arcliiepiscopum fre-
Mais Eldred, puisant dans sa fierté blessée et dans la dignité de son ministère une force qui lui était nouvelle, resta calme et serein devant les invectives et les menaces : « Laissez-le, dit-il aux Normands, « laissez-le s'humilier ; ce n'est pas devant moi qu'il a se prosterne, c'est devant l'apôtre Pierre que je « représente et dont il sentie pouvoir ^ » Puis, mettant fin à cette scène pénible, il prit la main du roi, qui se releva et qui, apprenant la cause de son apparition imprévue, promit de lui faire rendre sans délai tout ce qu'on lui avait enlevé 2. L'archevêque Eldred se remit en chemin pour sa ville métropolitaine, emportant des lettres qui contenaient l'ordre du roi et un blâme sévère pour le vicomte, qui s'était permis d'agir envers lui comme envers tout autre Anglais. Il avait obtenu réparation, il était satisfait pour le présent, mais il ne croyait plus à l'avenir. Il voyait que son espérance de paix sous la conquête n'était qu'un songe; que, d'une part, ses compatriotes, abhorrant le joug étranger, n'auraient avec les Normands que des trêves passagères , et que, de l'autre , l'esprit de violence et l'orgueil de la victoire mon-
mentes minisque et terroribus adversas eum assurgentes, ipsura merito ae medio debere tolli vel in exilium extra regnum expelli qui tanto régi tantam injuriam irrogasset : urgebant eum ut regem quam citius erigeret. (Thomas Stubbs, Actus pontifie, eborac, col. 1703, éd. Selden.)
1. « Sinite, inquit, illum jacere ad pedes Pétri. » (Gulielm. Neubrig., apud Script, rer. brilann.. p. 357.) — « Sinite illura jacere ; non enimjacet ad pedes Aldredi, sec al pedes Pétri apostoli. » (Thomas Stubbs, Actus pontifie, eborac, col. 1704, éd. Selden.)
2. Apprehensa dextera régis erexit eum, adventusque sui causam et rem ei ex ordine pandit. Quod rex graviter accipiens... fecit ei omnia sua in intef^rum, usque ad lij::ameii acci, restitui. (ILid.)