‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 5)Chapitre 52 sur 268 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

tous brûlés. Un Danois, guerrier et poëte, célébra ce fait d'armes dans un chant où il louait le chef saxon d'être terrible comme Odin, et d'avoir servi aux loups d'Angleterre un repas de cadavres normands*.

Les vainqueurs firent grâce de la vie aux deux commandants d'York, Gilbert de Gand et Guillaume Malet, à la femme et aux enfants de ce dernier, et à un petit nombre d'autres qui furent emmenés sur la flotte danoise. Ils renversèrent de fond en comble, peut-être imprudemment, les fortifications bâties par l'étranger, afin d'effacer tout vestige de son passage. Le jeune Edgar, redevenu roi dans York, conclut, suivant l'ancienne coutume saxonne, un pacte d'alliance avec les citoyens'; et ainsi fut relevée, pour quelques moments, la royauté nationale des Anglo-Saxons. Son domaine et le pouvoir d'Edgar s'étendait de la Tweed à l'Humber; mais Guillaume, et avec lui l'esclavage, régnait encore sur tout le pays du sud, sur les plus belles provinces et les plus grandes villes.

L'hiver approchait; les navires des Danois furent mis en station dans le golfe de l'Humber, aux bou-

1, Torva tuenti appositus fuit cibus

Alni equo (lupo) ex cadaveribus Francorum.

{Sara af Haraldi Hardrada, cap. ci ; Snorre's Heimskringla, t. III, p. 163.)

— La tradition Scandinave, en go,i'dant le souvenir de ce combat, Je confondit avec la bataille de Hastings ; elle en fit l'action principale de la lutte entre les Saxons et les Normands, et fit de Waltheof luimême un des frères du roi Harold.

2. Cives cum eo fœdus iniverunt. (Chron. sa^on., Fragm. sub anno Ml/xviii, apud Gloss., éd. Lye, t. II, ad finem.)

i069 ches de l'Ouse et de la Trent. Leur armée et celle des Saxons libres attendaient le retour de la belle saison pour s'avancer vers le midi, faire rétrograde! les conquérants, et confondre le roi Guillaume, comme s'exprime un vieil historien*. Guillaume ne fut pas sans alarmes ; la nouvelle de la prise d'York et de la déroute complète des siens l'avait transporté de douleur et de colère; il avait juré de ne point quitter sa lance qu'il n'eût tué tous les Northumbriens^; mais, modérant son emportement, il voulut d'abord essayer la ruse, et envoya des messagers habiles à Osbiorn, le frère du roi Sven, commandant supérieur de la flotte danoise. Il promit à ce chef de lui faire tenir en secret une grande somme d'argent, et de lui laisser prendre librement des vivres pour son armée sur toute la côte orientale, s'il voulait, à la fin de l'hiver, mettre à la voile et s'éloigner sans combat'. Tenté par l'avarice, le Danois fut infidèle à sa mission et traître envers les alliés de son pays ; à son grand déshonneur, disent les chroniques, il promit tout ce que demandait le roi Guillaume \

Guillaume ne se borna point à cette seule précaution : après avoir enlevé sans bruit aux Saxons libres leur principale force, il se tourna vers les Saxons de

1. ... Ut regem Gulihelnir.ni confanclerent. (Mattli. Westmonast. Flor. histor., p. 226.) — Matth. Paris., 1. 1, p. 6.

2. ... Juravit oœnes Nortimbrenses una se lancea perempturum. (Roger de Hoved. Annal., pai's I, apud Rer. anglic. Script., p. 451, éd. Savile.)

3. ... Ut sine pugna discèderet, peracta liieme. (Florent. Wigorn. Chron.,Tp. 636.)

4. Ille autem auri argentique nimis avidus non sine magno dedecore suis petitis concessit. (ILid.)

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