‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 5)Chapitre 56 sur 268 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

horreur sur les terres nouvellement conquises *. Les ioto habitants de la province d'York et du territoire au nord d'York, après s'être nourris de la chair des chevaux morts que l'armée normande laissait sur les routes, mangèrent de la chair humaine; plus de cent mille personnes de tout âge périrent de misère dans cette contrée '^. « C'était un affreux spectacle, « dit un vieil annaliste, que de voir sur les chemins, « sur les places publiques, aux portes des maisons, « les cadavres humains rongés de vers, car il ne a restait personne pour leur donner la sépulture '. » Cette détresse n'était que pour les indigènes, et le soldat étranger vivait dans l'abondance ; il y avait pour lui, au sein de ses forteresses, de vastes amas de vivres et de blé, et on lui en envoyait d'outremer au prix de l'or enlevé aux Anglais. Bien plus, la famine l'aidait à dompter entièrement les vaincus, et parfois, pour les restes du repas d'un valet de l'armée normande, le Saxon naguère illustre parmi les siens, maintenant flétri par la faim, venait se vendre, lui et toute sa famille, en servitude perpétuelle*. L'acte

1. Normannis Angliam vastantibus in Northimbria et quibusdam aliis provinciis aiino prœcedenti, sed pra?senti et subséquent! fere per totam Angliam... famés prsevaluit. (Florent. Wigorn. Chron., sub anno 1069, p. 636.)

2. ... Ut homines e'iiiinam^ caninam,, cattinam et carnem comederent humanam. (Ibid.) — Ut christianœ gentis utriusque sexus et omnis aîtatis homines périrent plus quam centum millia. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. IV, apud Script, rer. normann., p. 515.)

3. Neque enim supererat qui ea hume cooperiret, omnibus extinctis vel gladio et famé, vel propter faniera paternum solum relinquentibus. (Roger de Hoved, Annal., pars I^ apud Ber. anglic. Script., p. 45], éd. Savile.)

4. ... Alii in servitutem perpetuam se vendiderunt, dummodo qualitercvunque miserabilem vitam sustentarent. (Ibid.)

1070 de vente s'inscrivait sur les pages blanches de quelque missel, où l'on peut retrouver aujourd'hui, à demi effacés, et servant de thème à la sagacité des antiquaires, ces monuments des misères d'un autre âge.

Le territoire situé d'un côté au nord, et de l'autre au sud de l'Humber, tout ravagé qu'il était, fut divisé entre les conquérants avec le même ordre qui avait présidé aux partages des terres méridionales. On fit plusieurs lots des maisons ou plutôt des ruines d'York ; car dans les deux sièges qu'avait soufferts cette ville, elle avait été tellement dévastée, que, plusieurs siècles après, les fondements des anciens faubourgs se voyaient en rase campagne, à un mille de distance'. Le roi Guillaume prit la plus grande partie des habitations qui restaient debout*; les chefs normands se partagèrent le reste, avec les églises, les boutiques des marchands, et jusqu'aux bancs du marché à la viande, dont ils perçurent le loyers Guillaume de Garenne eut vingt-huit villages dans la seule province d'York, et Guillaume de Percy plus de quatre-vingts manoirs ^ La plupart de ces domaines, dans le rôle dressé quinze ans plus tard, portent pour qualification ces simples mots : terre en

1. Constans fama est, aliquot villas esse uno ab Ebor^o milliario, ubi ante tempora Gullielmi Nothi termini erant suburbanarum œdium. (Lelandi Collectanea, vol. IV, p. 36.)

2. Extracta ex Domesday-book, apud Rer. anglic. Script., t. I, p. 774, éd. Gale.

3. Cornes de Maritonio habet ibi xiv mansiones et ii bancos in macello et ecclesiam Sanctœ Crucis. (DoiuesJay-book, vol. I, fol. 298, recto.)

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