LIVRE IV
friche K Tel fonds qui, au temps du roi Edward, 1070 avait produit 60 livres de rente, en produisait moins de cinq entre les mains de son possesseur étranger; et sur tel domaine où deux Anglais d'un rang élevé avaient vécu à l'aise, on ne trouva plus, après la conquête, que deux pauvres laboureurs esclaves, rendant à peine à leur seigneur normand la dixième partie du revenu des anciens cultivateurs libres '*.
De grands espaces de pays au nord d'York furent le partage du Bas-Breton Allan, que les Normands appelaient Alain, et que ses compatriotes, dans leur langage celtique, surnommaient Fergan, c'est-à-dire le Roux ^ Cet Alain construisit un château fort et des ouvrages de défense auprès de son principal manoir, appelé Ghilling, sur une colline escarpée qu'entourait presque de toutes parts la rivière rapide de Swale. Cette forteresse, dit un vieux récit, était destinée à le protéger, lui et les siens, contre les attaques des Anglais déshérités *. Comme la plupart des autres capitaines de l'armée conquérante, il baptisa d'un nom français le château qui devint sa demeure, et l'appela Riche-Mont, à cause de sa situation élevée, qui dominait le pays d'alentour ^
1. Omnia nunc wasta, (Domesday-book, vol. I, fol. 309, recto.) — Modo omnino sunt wasta. (Ibid.) — Ex maxiina parte wasta. (Ibid.)
2. Duo taini teuuere... ibi sunt il villani cum i oarvuca; valuit XL sol. modo iiii sol. (Ibid., fol. 315, recto.)
3. ... Dictum Eufum vel Fergaunt. {Geneal. comit. Bichmundise , apud Script, rer. gallic. et francic, t. XII, p. 568.)
4. Pro tuitione suorum contra infestatiouem Anglorum tune ubique exbœredatorum, (Ibid.)
5. Et nominavit dictum castrum Riche-Mont suo idiomate gaUico^ quod sonat latine divitem montera. (Ibid.) — Monast, anglic, Dugdale, 1. 1, p. 877.
Toute l'île formée par l'Océan et les rivières, à la pointe la plus orientale de l'Yorkshire, fut le partage de Dreux de Beveren, chef d'auxiliaires flamands. Cet homme épousa une parente du roi Guillaume et la tua dans un accès de colère ; mais, avant que le bruit de cette mort se fût répandu, il alla trouver le roi, et le supplia de lui donner de l'argent en échange de ses terres, parce qu'il avait envie de retourner en Flandre. Guillaume fit compter au Flamand la somme qu'il demandait, et ne sut qu'après son départ pourquoi il était parti *. Alors l'île de Holderness devint la propriété d'Eudes de Champagne, qui avait pour épouse une des sœurs maternelles du conquérant. Peu de temps après, la femme d'Eudes lui ayant donné un fils, il représenta au roi que son île était peu fertile, qu'elle ne produisait que de l'avoine, et il le pria de lui octroyer une terre capable de porter du blé, pour qu'on pût en nourrir l'enfant ^ . Le roi Guillaume, disent les anciens actes, lui fit don du bourg entier de Bytham, dans la province de Lincoln.
Non loin de cette même île de Holderness, sur les bords de l'Humber, Gamel, fils de Quétel, venu de Meaux en France avec une troupe d'hommes nés dans la même ville, prit une certaine étendue de terre où il établit sa demeure et celle de tous ses compagnons *. Ces hommes, voulant attacher à leur nou-
1. Dugdale's Baronage of Engîand, t. 1, p. 60. — Monast. anglic^ Dugdale, t. I, p. 796.
2. ... Petiit a rege ut daret ei terram ferentem frumentum, uaîe alere posset uepotem suum. (Ibid)
3. ... Qui, in conquestu Normannoruin, de quadam civitate Galliae, Meldis lat'ue, seJ Meaux gallice vocita'.a, ex uutes. (Ibid., p. 792.)