LIVRE IV
« des sommes d'or et d'argent, et des titres qui lui 1070 « assuraient la possession de vastes domaines '. »
Il ne restait à envahir que la contrée voisine de Chester, et cette ville était la seule des grandes cités d'Angleterre qui n'eût point entendu retentir les pas des chevaux de l'étranger. Après avoir passé l'hiver dans le nord, le roi Guillaume entreprit, en personne, cette dernière expédition*; mais, au moment de partir d'York, de grands murmures s'élevèrent dans son armée. La réduction du Northumberland avait fatigué les vainqueurs, et ils prévoyaient, dans l'invasion des bords de la mer de l'ouest et de la rivière de Dee, de plus grandes fatigues encore. Des récits décourageants sur la difficulté des lieux en plein hiver et l'opiniâtreté invincible des habitants de ces territoires circulaient parmi les soldats *. Le mal du pays se fit sentir aux Angevins et aux Bretons auxiliaires, comme, dans l'année précédente, il avait attaqué les Normands, Eux, à leur tour, se plaignirent tout haut de la dureté du service et demandèrent en grand nombre leur congé pour repasser la mer ^.
1. ...Quiducem adiré deliberans... totum... nepti siiœ Dyonisice quiète et in dominio possidendum reliquit... Aiiri et argeiiti copias multas, terrœque possessiones amplissimas. (Gestaambasiensiutndominorum, apud Script, rer. galllc. et francic, t. XI, p. 258.)
2. Movet expeditionem contra Cestrenses et Guallos^ qui prœter alias offensas nuperrime Scrobesburiam obséder mt. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. IV, apud Sript. rer. normann., p. 515.)
3. ... Locorum asperitatem, liiemis inteniperiem, et liostiura terribilem ferocitatem. (Ibid.)
4. Andegavi, Britones et Cenomanni servitiis, ut dicebant, intolerabilibus oppido gravabantur, unde pertinaciter a rege missionem pétantes coviquerebantur. (Ibid.)
1070 Guillaume ne pouvant réussir à vaincre l'obstination de ceux qui refusaient de le suivre, fit semblant de la mépriser. Il promit à qui lui serait fidèle du repos après la victoire, et de grands biens pour salaire de ses peines *; ensuite il traversa, par des chemins presque impraticables pour les chevaux, la chaîne de montagnes qui s'étend, du nord au sud, dans toute la longueur de l'Angleterre, entra en vainqueur dans la ville de Chester, et, selon sa coutume, y bâtit une forteresse. Il fit de même à Stafford; à Salisburj, dans son retour vers le sud, il distribua largement des récompenses à ses gens de guerre -. Puis il se rendit à Winchester dans sa citadelle royale, la plus forte de toutes, et qui était son palais de printemps, comme celle de Glocester était son palais d'hiver, et son palais d'été la Tour de Londres ou le couvent de Westminster, près de Londres ^.
Le corps de troupes que commandait un Flamand nommé Gherbod resta pour la garde ou la défense de la nouvelle province conquise ; Gherbod fut le prelaier capitaine qui porta le titre de comte de Chester. Pour soutenir ce titre et maintenir son poste, il fut exposé à de grands périls, tant de la part des Anglais que de celle des Gallois, qui le harcelèrent long-
1. ... Victoribus requiem promittit. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. IV, apud Script, rer. normann., p. 515.)
2. Tune Cestrae muuitionem condidit, et in reversione sua apud Estafùrt alteram locavit... Parveniens inde Salesburiam, prœmiamilitibus ibi pro tanta tolerantia largissime distribuit. (Ibid.;
3. Ter gessit suani coronam siuguiis anms.. pd Pascha eam gessit in Winceaster, ad Pentecostem in Westmyiister et ad Natales in Gleaweceaster. (Chron, saxon., éd. Gibson, p. 190.)