LIVRE IV H
duc Guillaume revint de son camp dupé par lui, 1066 chargé de présents et dévoué à sa cause ^ Lorsqu'il parut devant les magistrats et les notables de la ville pour leur rendre compte de son message , une foule émue d'anxiété l'escortait et se pressait derrière lui. Son discours étrangement audacieux fut un éloge sans mesure du prétendant armé , où toutes les vertus royales lui étaient prêtées, et qui promettait en son nom paix, justice et obéissance aux vœux de la nation anglaise'-. Ces paroles, si différentes des bruits répandus alors sur la dureté implacable du vainqueur de Hastings, loin de provoquer le cri de trahison, furent accueillies par la foule, sinon par les magistrats eux-mêmes, avec joie et confiance. Il yeut pour le parti de la paix et du duc de Normandie un de ces entraînements populaires auxquels rien ne résiste et que le repentir suit trop tard. Peuple et magistrats furent d'accord et résolurent par acclamation qu'on devait, sans attendre rien de plus, porter au duc Guillaume les clefs de la ville "\ La cour du jeune roi Edgar, sans armée, sans libre
Obcsecat donis stolidum verbisque fefellit,
Prœmia pi-omittens innumerosa sibi, nie rétro rutilo gradiens oneratus ab auro, A quibus est missus talia dicta refert.
(Widonis Carmen de Hastingse praelio ; Chron. anglo norm., t. III, p 33.)
Rex vobis pacem dicit, profertque salutem, Vestris mandatis paret et absque dolis.
(Ibid.)
Annuit boc vulgus, justum probat esse senatus, Et pue^nm regem cœtus iiterque iicgat.
(Ibid., p. 34.)
W66 communication au dehors, était incapable de maîtriser les dispositions de la bourgeoisie, et de la forcer à courir les hasards d'une résistance désespérée. Ce gouvernement, né au milieu du désordre, et qui, malgré sa popularité, manquait des ressources les plus ordinaires, se vit contraint de déclarer qu'il n'existait plus. Le roi lui-même, accompagné des archevêques Stigand et Eldred, et de Wulstan, évêque de Worcester, plusieurs chefs de haut rang et les premiers d'entre les bourgeois de Londres, vinrent au camp de Berkhamsted et y firent leur soumission. Ils livrèrent des otages au duc de Normandie, lui prêtèrent le serment de fidélité; et, en • retour, le duc leur promit, sur sa foi, d'être pour eux un bon seigneur'. Alors il marcha vers Londres, et, malgré ses promesses, laissa tout dévaster dans son chemin ^.
Sur la route de Berkhamsted à Londres, se trouvait un riche monastère, appelé l'abbaye de Saint- Alban, construit près des ruines d'une ancienne ville municipale romaine. En approchant des terres de ce couvent, Guillaume remarqua avec surprise de grands abatis d'arbres disposés pour intercepter le passage ou pour le rendre difficile.il fit venir devant lui l'abbé de Saint- Alban, Frithrik, l'un des hommes
1. Et obsides dederunt, et jurarunt ei juramento, et ille eis promisit quod ipse voluit eis iidus dominas esse. (Chron. saxon., Fragm. sub aiino mlxvi, apud Gloss.j éd. Lye, t. H, ad fînem.) — Willelin. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. III, p. 102, éd. Savile.
2. Cum quibus et ipse fœdus pepigit, et nihilomimis exercitui suo villas cremave et rapinas agere perniisit. (Florent. Wigorn. Chron., p. 634.) — Cliion. saxon,, Fragm. sub anno mlxvi, apud Gloss., éd. Lye, t. U, ad finem.