LIVRE IV
que le roi Harold avait le plus aimés '. « Pourquoi, « lui demanda le conquérant, as-tu fait couper ainsi « tes bois? — J'ai fait mon devoir, répondit le moine K saxon ; et si tous ceux de mon ordre eussent agi de « même, comme ils le pouvaient et le devaient, peut- « être n'aurais-tu pas pénétré aussi avant dans notre « pays'-. » Guillaume n'alla point jusqu'à Londres; mais, s'arrêtant à la distance de quelques milles, il fit partir un nombreux détachement de soldats chargés de lui construire, au sein de la ville, une forteresse pour sa résidence ^.
Pendant qu'on hâtait ces travaux, le conseil de guerre des Normands discutait, dans le camp près de Londres, les moyens d'achever promptement la conquête commencée avec tant de bonheur ^ Les amis familiers de Guillaume disaient que, pour rendre moins âpres à la résistance les habitants des provinces encore libres, il fallait que, préalablement à toute invasion ultérieure, le chef de la conquête prît le titre de roi des Anglais ^ Cette proposition était sans doute la plus agréable au duc de Normandie ; mais, toujours circonspect, il feignit d'y être indifférent. Quoique la possession de la royauté fût l'objet de son entreprise, il paraît que de graves motifs
1. Regem Havaldum qui Frethericum prcecordialiter diligebat. (Mattii. Paris. Vitse abbatum S. Albani, p. 47.)
2. John Speed's, Histor. of Gieat Britain, p. 436, ed.London, 1623.
3. PrcRmisit ergo Londoniam qui munitionem in ipsa constraerent urbe et pleraque regise magnificentiœ praspararent, moraturus intérim per vicina. (Guill. Pictav., apud Script, rer. normann., p. 205.)