LIVRE V H
qui se croyait un demi-dieu parmi des brutes, qui ne ioto comprenait ni la prière, ni les raisons, ni les excu- i07t ses proférées dans l'idiome des vaincus, se joignait encore celui d'être regardé comme traître ou comme suspect par les Saxons indépendants, frénétiques de désespoir comme les Normands l'étaient d'orgueil *. Aussi nul habitant n'osait s'aventurer dans le voisinage de sa propre maison ; la maison de chaque Anglais considérable qui avait juré la paix et donné des otages au conquérant était close et fortifiée comme une ville en état de siège ^ . Elle était remplie d'armes de toute espèce, d'arcs, de flèches, de haches, de massues, de poignards et de fourches de fer ; les portes étaient munies de verrous et de barricades. Quand venait Theure du repos, au moment de tout fermer, l'ancien de la famille se levait, et prononçait à haute voix les prières qui se faisaient alors sur mer aux approches de l'orage ; il disait : « Que le Sei- « gneur nous bénisse et nous aide ; » tous les assistants répondaient Amen ^. Cette coutume subsista en Angleterre plus de deux siècles après la conquête^. Dans la partie septentrionale de la province de Cambridge il y a une vaste étendue de terres basses et marécageuses, coupées en divers sens par des rivières. Toutes les eaux du centre de l'Angleterre, qui ne coulent pas dans le bassin de la Tamise
1. ... Vecorcles e superbia efiîeiebantur. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. IV, apud Script, rer. normann., p. 523.)
2. Domuscujuslibetpacifici quasi miinicipiuin obsulendum. (Matth. Paris. Vitx abbatum S. Albani, t. I, p. 46.)