‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 5)Chapitre 82 sur 268 · LIVRE V J · texte numérisé non relu

LIVRE V J

avaient été déposées les chartes qui contenaient les ioto fausses promesses de clémence et de justice faites 1071 naguère par le roi étranger, quand il était encore incertain de sa victoire ^ Cette grande spoliation eut lieu dans le carême qui, suivant l'ancien style du calendrier, termina l'année 1070; et aux octaves »07i de Pâques arrivèrent en Angleterre, d'après les demandes adressées antérieurement par Guillaume, trois légats du siège apostolique. C'étaient Ermenfroy, évêque de Sion , et les cardinaux Jean et Pierre. Le conquérant fondait de grands desseins sur la présence de ces mandataires de son allié le pape Alexandre, et il les retint auprès de lui toute une année, les honorant, dit un vieil historien, à l'égal des anges de Dieu\ Au milieu de la famine qui' faisait périr les Anglais par milliers, des fêtes brillantes furent célébrées dans le palais fortifié de Winchester. Là, les cardinaux romains, plaçant de nouveau la couronne sur la tête du roi normand, effacèrent la vaine malédiction que l'archevêque d'York, Eldred, avait prononcée contre lui ^.

Après les fêtes, il y eut à Winchester une assemblée de tous les étrangers, laïques ou prêtres, qui s'étaient fait une grande fortune en prenant le bien

1. Cum chartis in qnarum libertatibus nobiles Angli» confidebant, et quas rex, in arcto positus, observaturiim se juraverat. (Matth. Westmonast. Flor. histor., p. 226.)

2. Audiens et honorans eos tanquam angelos Dei. (Orderic. Vital. Uist. ecchsiast., lib. IV, apud Script, rer. normanri., p. 516.)

3. Cardinales romante Ecclesiae coronam ei solemniter imposuerunt. (Ibid.) — In regem auglicum confirmaverunt. (Vita Lanfranci, apud Script, rer. gallic. et francic, t. XIV, p. 52. )— Voyez livre IV, p. 68 et 69.

des Anglais *. Les évêques saxons furent sommés d'y comparaître, au nom de l'autorité de l'Église romaine, par des circulaires dont le style hautain pouvait leur présager d'avance l'issue que ce grand concile, comme on l'appelait, devait avoir pour eux. « Bien que l'Église de Rome, disaient les envoyés, « ait le droit de surveiller la conduite de tous les « chrétiens, il lui appartient plus spécialement de « s'enquérir de vos mœurs et de votre manière de « vivre, à vous qu'elle a instruits dans la foi du « Christ, et de réparer la décadence de cette foi que « vous tenez d'elle. C'est pour exercer sur vos per- « sonnes cette salutaire inspection que nous, minis- « très du bienheureux apôtre Pierre, et représen- « tants autorisés de notre seigneur le pape Alexandre, « nous avons résolu de tenir avec vous un concile, « pour rechercher les mauvaises choses qui pullu- « lent dans la vigne du Seigneur et en planter de « profitables au bien des corps et des âmes -. »

Le sens réel de ces paroles mystiques était que le nouveau roi, d'accord avec le pape, avait résolu de destituer en masse tout le haut clergé de race anglaise ; les légats venaient donner une sorte de couleur religieuse à cette opération politique. Telle était leur mission , et le premier prélat qu'ils frappèrent fut l'archevêque de Canterbury, Stigand, celui qui avait couronné en face de l'invasion un roi de race anglo-saxonne et qui donnait comme patriote

1. Plusieurs prélats de Normandie y assistaient. (Voyez Wilkins, Concilia Magnae Britaniiix, t. I, p. 322 et seq.)

2. Quœ in vinea Domini Sabaotb maie pullulant resecemus, et «nimarum et coi-porum utilitati profutura plantemus. (Ibid., p. 323.)

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