LIVRE V
des craintes au roi étranger. Mais ces griefs restèrent secrets, et l'arrêt de dégradation ecclésiastique fut motivé sur d'autres causes, sur des prétextes plus honnêtes, comme s'exprime un vieil historien'. L'ordination de Stigand fut déclarée nulle, d'abord parce qu'il avait pris l'archevêché de Canterburj du vivant de l'archevêque Robert, exilé par le peuple anglais; ensuite parce qu'il avait célébré la messe avec le pallium de ce même Robert ; et enfin parce qu'il avait reçu son propre pallium de Benoît X, déclaré antipape et excommunié par l'Église -.
Quand l'ami du roi Harold et de son pays eut été, selon le langage ecclésiastique, frappé, comme un arbre stérile, par la hache de correction *, ses terres furent partagées entre le roi Guillaume, l'évêque de Bayeux, frère du roi, et Adelise, femme de Hugues de Grantmesnil, qui, sans doute gagnée par cette gracieuse largesse, vint habiter l'Angleterre et y ramena son mari^ Ceux des évêques anglais sur le compte desquels on ne trouva rien à objecter canoniquement n'en furent pas moins frappés de même. Alexandre, évêque de Lincoln; Eghelmar, évêque de TEstanglie ; Eghelrik, évêque de Sussex, d'autres prélats et les abbés des principaux monastères, fu-
1. Honestam de ipso voluit habere ultionera. (Chron. Walteri Hemingford., apud Rer, anglic. Script., t. II, p. 453, éd. Gale.)
2. ... Quem sanctaromana Ecclesia excommunicavit. (Florent. Wigorn. Chron., p. 636.) — Voyez t. I, liv. III.
3. ... Infructuosam arborem securis canonicœ animadversionis succidit. (Chron. Walteri Hemingford., apud Ber. angHc. Script., t. II, p. 458, eu. Gale.)
4. Domesday-book, vol. I, fol. 142, verso; vol. II, p. 142 et 288. — Voyez livre IV, p. 72.
rent déposés presque à la fois. Au moment où l'on prononçait à quelqu'un d'entre eux sa sentence, on le contraignait de jurer, sur l'Évangile, qu'il se regardait comme déchu de sa dignité à tout jamais, et que, quel que fût le successeur qu'on lui donnerait, il ne ferait rien pour le discréditer en protestant contre lui*. Ensuite chaque évêque dégradé était conduit soit dans une forteresse, soit dans un monastère qui devait lui servir de prison. Ceux qui avaient été autrefois moines, on les recloîtrait de force dans leurs anciens couvents, et l'on publiait officiellement que, dégoûtés du monde et du bruit, il leur avait plu d'aller revoir les anciens compagnons de leur jeunesse *.
Plusieurs membres du haut clergé saxon trouvèrent moyen de se dérober à leur sort ; l'archevêque Stigand et l'évêque de Lincoln s'enfuirent tous les deux en Ecosse; Eghelsig, abbé de Saint-Augustin, s'embarqua pour le Danemark, et y resta, quoiqu'il fût réclamé comme fugitif du roi par un rescrit du conquérante Eghelvin, évêque de Durham, sur le point de partir aussi pour l'exil, maudit solennellement les oppresseurs de son pays, et les déclara sé-
1. Episcopatum reddidit, se arnplius non habiturum , nec successori caîumniam aiit damnnm illaturum, jurejurando... finnavit. (Lanfranci Opéra, p. 301.)
2. Dehinc ad monasteriura, in qno ab infantia nntritus monachus fuerat, repedavit. (Ibid.) — Alderedus... abbas Abbendonias... in captione ponitur. {Hist. cxnoh. abbenioniensis ; Anglia sacra. , t. I^ p. 168.) — Usqne ad finem vitœ custodiœ mancipatos. (Hist. elicnsis, apud Ber. angîic. Script., t. III, p. 516, éd. Gale.) — In ergastulo carceris fevro adstrictus. (Ibid., p. 512.)
3. Legatio Helsini in Daiiiam, apud Script, rer. Janic, t. III. ç. 285, in notis.