LIVRE V
tous les domaines de l'église d'York; mais nul homme, Normand ou Saxon, ne voulut les recevoir en fief ou les prendre à ferme, soit par dégoût, soit par terreur *.
Le pape envoya à Lanfranc son propre pallium, en signe d'investiture, et le combla de messages flatteurs : « Je vous désire, lui disait-il, et ne me console « de votre absence qu'en pensant aux heureux fruits « que l'Angleterre va recueillir par vos soins '^. » C'est ainsi que, vues de loin, les hideuses opérations de la conquête prenaient des couleurs agréables. La mission de Lanfranc en Angleterre, sa mission réelle et avouée, c'était de faire servir la religion à l'asservissement des Anglais, d'achever, comme dit un vieux narrateur, la ruine du peuple vaincu par de mutuels embrassements de la royauté et du sacerdoce ^ Pour atteindre plus sûrement ce but, le nouvel archevêque de Canterbury suggéra au conquérant un nouveau plan de constitution ecclésiastique, plan aussi favorable à l'ambition du prélat qu'à la stabilité de la conquête. « Il faut, disait Lanfranc au roi « Guillaume, qu'il n'y ait en Angleterre qu'un seul « chef religieux, pour que la royauté que vous avez « conquise se maintienne dans son intégrité. Il faut « que l'église d'York, l'église du pays des rébellions,
1. Ipsis autem Normannis in tantum animus defeccrat, ut... terras et honores qui eis ofFerebantur, recipere non auderent. (Thomœ Stubbs Ad. pontifie, eborac., apud Hist. anglic. Script., t. II, col. 1708, éd. Seldeu.)