LIVRE PREMIER
intitulés nationaux, et toujours désavoués par une 4n partie de la nation, nulle armée ne se leva, en rem- 443 placement des légions romaines, pour garder la frontière du pays contre les incursions des tribus galliques.
Au milieu de ce désordre, les Pietés et les Scots forcèrent le double rempart que les Romains avaient jadis élevé contre eux, et d'autres ennemis non moins redoutables fondirent sur les côtes maritimes. C'étaient des pirates venus des rivages et des îles de l'Océan germanique, pour piller et retourner chez eux chargés de butin. Lorsque la tempête faisait rentrer dans le port les grands vaisseaux de construction romaine, on les voyait naviguer à pleines voiles sur des barques légères !, aborder et attaquer à l'improviste. Plusieurs tribus bretonnes firent séparément de grands efforts, et livrèrent quelques combats heureux contre leurs agresseurs, soit germains, soit de race gallique. Les habitants des côtes du sud, qui communiquaient fréquemment avec le continent, sollicitèrent des secours étrangers; une ou deux fois des troupes romaines;, venues de la Gaule, combat- 443 tirent pour les Bretons, et les aidèrent à réparer les 4*9 grandes murailles construites par les empereurs Antonin et Sévère 2. Mais le temps arriva bientôt où
1. Quin et aremoricus piratam saxona tractus Sperabat, cui pelle salura sulcare britannum Ludus, et assuto glaucum mare findere lembo.
(Sidonii Apollinaris Carmina , apud Script, rer. gallic. et francic, t. I, p. 807. )
2. GikUe Histotto, cap. xit, apud fier, àfttflië. Script., t. I, p. 4, éd. Gale.
443 les Romains eux-mêmes furent poussés hors de la 449 Gaule par trois invasions de barbares, au midi, à l'est et au nord, et par l'insurrection nationale des contrées maritimes de l'ouest1. Les légions se replièrent sur l'Italie, et dès lors il n'y eut plus pour les Bretons aucun secours à espérer de l'empire 2.
Dans ce temps, la dignité de chef suprême de toute la Bretagne se trouvait aux mains d'un homme appelé Guorteyrn3, de race logrienne. Plusieurs fois il assembla autour de lui tous les chefs des tribus bretonnes, afin de prendre, de concert avec eux, des mesures pour la défense du pays contre les invasions septentriunales.il régnait peu d'union dans ces conseils, et, soit à raison, soit à tort, Guorteyrn avait beaucoup d'ennemis, surtout parmi les habitants de l'ouest, qui rarement consentaient à approuver ce que proposait le Logrien. Celui-ci, en vertu de sa prééminence royale, d'après l'avis de plusieurs tribus, mais sans l'aveu des Cambriens \ prit tout à coup la résolution d'introduire en Bretagne une population de soldats étrangers, qui, moyennant des subsides d'argent et des concessions de terres, feraient, au service des Bretons, la guerre contre les Pietés et les Scots. Vers l'époque où fut prise cette décision
1. Totus ille tractus annonças... ejectis magistratibus romanis... Zosimus, apud Script, rer. gallie. et franeic, t. I. ps 587.)
2. GiMœ Historia, cap. xvii, apud. Rer. anglic. Script., t. I, p. 6, éd. Gale.
3. Gwrthevyi ■«, selon l'orthographe cambrienne. Les historiens anglosaxons écrivent Wyrtegern ou Woitigern, ce qui devait produire le même son, d'après leur manière de prononcer.
ft< Trioedd ynys Prydain. n. 9: Hip Myvyrian archaiology of Wales, vol. II, p. 59.