‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 111 sur 233 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

voyaient que des Franks dans la Gaule; mais les B4i Allemands, revendiquant pour eux-mêmes ce noble s™ nom, le refusaient à leurs voisins occidentaux, qu'ils appelaient Wallons ou Welches1. Dans l'intérieur du pays, on faisait à cet égard une autre distinction : le possesseur de terres qui habitait au milieu de ses vassaux et de ses colons uniquement occupé d'armes ou de chasse, et qui menait ainsi un genre de vie conforme aux habitudes des anciens Franks, prenait le titre de franc-homme, ou celui de baron, empruntés tous deux à la langue de la conquête2. Quant à ceux qui, n'ayant pas de manoir seigneurial, habitaient en masse, à la manière romaine, les villes, les bourgs ou les hameaux, ils tiraient de cette circonstance une qualification particulière ; on les appelait vilains ou manants 3. Il y avait des vilains réputés libres, et des vilains serfs de la glèbe ; mais la liberté des premiers, toujours menacée ou envahie par les seigneurs, était faible et précaire. Tel était le royaume de France, relativement à son étendue et aux différentes classes d'hommes qui l'habitaient, lorsqu'il

1. Alamàni et cSeteri tïansrlieiiani populi, qui imperatoiï Teutonicorum subjecti sunt, magis proprie se Francos appellari jubent, eos quos nos putamus Francos, Galwalas, antiquo vocabulo, quasi Gallos nuncupant. (Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. 1, apud Rer. anglic. Script., p. 24, éd. Savile.)

2. Vivere, habitare, succedere more Francorum... francus bomo. {Gloss. de Ducange.) — Barri, bairn, beorn, un homme, un enfant mâle. (Gloss, de Wachter.) De là viennent les mots romans bers, bernes, bernage.

3. Villani, manenles, coloni. Le mot villa, que les Romains n'employaient que pour désigner une maison de campagne, signifia de bonne heure, dans les langues néo-latines , toute espèce de lieux habités.

84i subit une grande invasion de pirates septentrionaux, 8?o qui devait être la dernière de toutes et en clore la longue série par un démembrement territorial. Pour remonter jusqu'à la cause de cet événement célèbre, il faut entrer dans l'histoire du Nord. 870 Vers la fin du neuvième siècle, Harald Harfagher, 895 c'est-à-dire aux beaux cheveux, roi d'une partie de la Norvège, étendit par la force des armes son pouvoir sur tout le pays, dont il fit un seul royaume. Cette destruction de plusieurs petits États anciennement libres n'eut point lieu sans résistance ; non-seulement le terrain fut vivement disputé, mais, après la conquête, beaucoup d'hommes préférèrent s'expatrier, et mener sur mer une vie errante, plutôt que d'obéir à un roi étranger. La plupart de ces déshérités infestaient les mers du Nord, ravageaient les côtes et les îles, et travaillaient à exciter des soulèvements parmi leurs compatriotes. Ainsi l'intérêt politique fit bientôt du conquérant de la Norvège l'ennemi le plus acharné des pirates. Avec une flotte nombreuse, il les poursuivit le long de toutes les côtes de son royaume, et jusque dans les parages des Orcades et des Hébrides, coulant bas leurs vaisseaux et ruinant les postes qu'ils avaient établis dans plusieurs îles de l'Océan. En outre, il interdit par des lois sévères dans ses États la piraterie et toute espèce d'exaction à main armée ! .

C'était un usage immémorial parmi les Vikings d'exercer sur toutes les côtes, sans distinction de pays, un droit qu'ils nommaient strandhug, ou presse

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