Boman de Bou, t. I, p
3. E Rou esgarda la vile e lunge et lée, E deliorz e dedeuz l'a sovent esgardée ; Bone li semble e bêle, mult li plest e agrée, E li compaiguonz l'ont à Rou mult loée.
(Wace, Boman de Bon, t. I, p. 60.
Ja rivière d'Eure, ils établirent un camp fortifié pour 89» attendre l'arrivée d'une' armée française qui se diri- 900 geait alors contre eux. Le roi Karl, ou Charles, comme on disait en langue romane, se voyant un moment seul maître du royaume, voulait tenter un grand effort et repousser la nouvelle invasion; les troupes, conduites par un certain Raghenold, ou Regnauld, qui avait le titre de duc de France, prirent position sur la rive droite de l'Eure, à quelque distance du camp des Normands. Parmi les comtes qui avaient levé bannière pour obéir aux ordres du roi et combattre les païens, se trouvait un païen converti, le fameux roi demerHasting. Vingt ans auparavant, las de courir les aventures, il avait fait sa paix avec le royaume de France, en acceptant le comté de Chartres. Dans le conseil que tinrent les Français pour savoir ce que l'on devait faire, Hasting, consulté à son tour, fut d'avis de parlementer avec l'ennemi, avant de risquer une bataille; quoique cet avis fût suspect à plusieurs des chefs de l'armée, il prévalut, et Hasting partit avec deux personnes qui savaient la langue danoise, pour aller parler aux Normands.
Les trois envoyés suivirent le cours de l'Eure jusqu'en face de l'endroit où les confédérés avaient élevé leurs retranchements. Là, s'arrètant et élevant la voix de manière à être entendu sur l'autre bord : « Holà, cria le comte de Chartres, braves guerriers, « quel est le nom de votre seigneur? — Nous n'avons « point de seigneur, répondirent les Normands ; nous « sommes tous égaux1. — Mais pourquoi êtes-vous
1. Quo nomine vestev senior fungitur? Responderunt : Nullo, quia
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89 s « venus dans ce pays, et qu'y voulez-vous faire? — soo « En chasser les habitants ou les soumettre à notre « puissance, et nous faire une patrie. Mais qui es-tu, « toi qui parles si bien notre langue J ? » Le comte reprit : « N'avez-vous pas entendu parler de Hasting, « le fameux pirate, qui courut les mers avec tant de « vaisseaux et fit tant de mal à ce royaume ? — Sans « doute, répliquèrent les Normands. Hasting a bien «commencé, mais il a fait une mauvaise fin2. — « N'avez-vous donc pas envie de vous soumettre au « roi Charles, qui vous offre des fiefs et des honneurs, « sous condition de foi et de service? — Nullement, « nullement ; nous ne nous soumettrons à personne, « et tout ce que nous pourrons conquérir nous appar- « tiendra sans réserve. Va le dire au roi, si tu « veux3. »
De retour au camp, Hasting apporta cette réponse, et, dans la délibération qui suivit, il conseilla de ne point s'aventurer à forcer les retranchements des païens « Voilà un conseil de traître, » s'écria un sei-
sequalis potestatis sumus. (Dudo de Sancto Quintino, apud Script, rer. normann., p. 76.)
1. Terne hujus colonos exturbare venimus, nostrse ditioni patriam subdere cupientes. Tu vero quis es, qui tam facete nobis loqueris? (Willelrni Gemeticensis Hist. Normann., apud ibid., p. 228.) — Dudo de Sancto Quintino, apud ibid., p. 76.
2. Cui Rollo : Audivimus, inquit ; 'Hastingus enim bono omine cœpit, et cuncta malo fine complevit. (Willelrni Geniet-, ibid., p. 228.') — Dudo de Sancto Quintino, apud ibid., p. 76.
3. Hastingus ad bœc : Vultis, inquit, Karolo régi subdi ? — Xequaquam, ait Rollo, alicui subjiciemur; sed quœcumque armis adquiremus nostro juri vindicabinrus. Régi cujus te legatum gloriaris, audita, si vis, renuntia. (Willelrni Geniet. Hist. Normann., apud Script. rer. normann, p. 228.) — Dudo de Sancto Quintino, apud ibid., p. 76.