LIVRE II
Enfin, en l'année 912, seize ans après l'occupation de Rouen, les Français de tout état, harassés de ces continuelles hostilités, commencèrent à se plaindre et à demander que la guerre finît à quelque prix que ce fût; les évêques, les comtes et les barons faisaient au roi des remontrances ; les bourgeois et les paysans criaient merci sur son passage.
Un vieil auteur nous a conservé l'expression des murmures populaires : « Que voit-on en tout lieu? Des « églises brûlées, des gens tués ; par la faute du roi et a sa faiblesse, les Normands font ce qu'ils veulent « dans le royaume ; de Blois à Senlis, pas un arpent « de blé, et nul n'ose labourer, ni en prés, ni en « vignes. A moins que cette guerre ne finisse, nous « aurons disette et cherté *. » Le roi Charles, qu'on surnommait le Simple ou le Sot2, et à qui l'histoire a conservé le premier de ces noms, eut assez de bon sens dans cette occasion pour écouter la voix du peuple; peut-être aussi, en y cédant, crut- il faire un coup de politique, et s'assurer, par l'alliance des Normands, un appui contre les intrigues puissantes qui tendaient à le détrôner3. Il convoqua en grande assemblée ses barons et ses évêques, et leur demanda aide et conseil, suivant la formule du temps. Tous
1. N'a ne bo-ef, ne charrue, ne vilain en arée, Ne vigne provignié, ne coulture semée ; Mainte iglise i a jà essilie e gastée ;
Se ceste guerre dure, la terre iert dégastée.
(Roman de Rou, t. I, p. 73.)
2. Carolus simplex, sive stultus. (Script, rer. gallic. et francic, IX, p. 22.) —Follus. (Ibid., p. 8.)