‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 122 sur 233 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

nation naissante, engagèrent beaucoup d'artisans et 912 de laboureurs à émigrer pour aller s'établir sous le gouvernement du duc Rolf. Son nom, que les indigènes de la Neustrie et les Français leurs voisins prononçaient Rou, devint populaire au loin ; il passait pour le plus grand ennemi des voleurs et le plus grand justicier de son temps \

Bien que la plupart des Norvégiens, à l'exemple 912 de leur chef, eussent accepté le baptême avec empres- 997 sèment, il paraît qu'un certain nombre d'entre eux s'y refusèrent et résolurent de conserver les usages de leurs ancêtres. Les dissidents se réunirent pour former une sorte de colonie à part, et se fixèrent aux environs de Bayeux. Peut-être furent-ils attirés de ce côté par les mœurs et le langage des habitants de Bayeux, qui, Saxons d'origine, parlaient encore au dixième siècle un dialecte germanique2. Dans ce canton de la Normandie, l'idiome norvégien, différant peu du langage populaire, se confondit avec lui et l'épura, en quelque sorte, de manière à le rendre intelligible pour les Danois et les autres Scandinaves3. Lorsque, après quelques générations, la répugnance des barons normands du Bessin et du Cotentin pour le christianisme eut cédé à l'entraînement de l'exemple, l'empreinte du caractère scan-

1. Les anciens poëmes et les chroniques de Normandie portent Rous au nominatif, et Rou, par exception, au lieu de Rouf, aux cas obliques. Les historiens en langue latine écrivent, sans qu'on puisse dire pourquoi, au lieu de Roi fus, Rollo, dont les modernes ont fait Rollon.

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