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Normand fut d'abord un titre de noblesse: c'était 912 le signe de la liberté et de la puissance, du droit de 997 lever des impôts sur les bourgeois et les serfs du pays1.
Tous les Normands de nom et de race étaient égaux en droits civils , bien que inégaux en grades militaires et en dignités politiques. Nul d'entre eux n'était taxé que de son propre consentement; nul n'était assujetti au péage pour le charroi de ses denrées ou pour la navigation sur les fleuves; tous enfin jouissaient du privilège de chasse et de pêche, à l'exclusion desvillains et des paysans, termes qui comprenaient en fait la masse de la population indigène. Quoique la cour des ducs de Normandie fût organisée 997 à peu près sur le modèle de celle des rois de France, le haut clergé n'en fit point partie dans les premiers temps, à cause de son origine française ; plus tard, quand un grand nombre d'hommes de race norvégienne ou danoise eut pris l'habit ecclésiastique, une certaine distinction de rang et de privilège continua d'exister, même dans les monastères, entre eux et le reste des clercs2.
Cette distinction, pleine de charges accablantes dans l'ordre politique et civil, ne tarda guère à soulever contre elle l'ancienne population du pays. Moins d'un siècle après l'établissement du nouvel État
1. La double descendance danoise par le père et par la mère constituait la plus haute noblesse. — Providentia summce Divinitatis, ut remur, banc tibi dacigenam quam modo refoves conexuit; ut pâtre raatreque dacigena hseres hujus terrae nascatur. (Dudo de Sancto Quintino, apud Script, rer. normann., p. 152.)
2. Depping, Hist. des expéd. marit. des Normands, t. II, cbap. xu.
dont elle était la partie opprimée, cette population eut la pensée de détruire l'inégalité des races, de manière que le pays de Normandie ne renfermât qu'un seul peuple, comme il ne portait qu'un seul nom. Ce fut sous le règne de Rikhard ou Richart II, troisième successeur de Rolf, que ce grand projet se manifesta. Dans tous les cantons de la Normandie, les habitants des bourgs et des hameaux, le soir, après l'heure du travail, commencèrent à se réunir et à parler ensemble des misères de leur condition. Ces groupes de causeurs politiques étaient de vingt, de trente, de cent personnes, et souvent l'assemblée se rangeait en cercle, pour écouter quelque orateur qui l'animait par des discours violents contre les seigneurs du pays, comtes, vicomtes, barons et chevaliers1. D'anciennes chroniques en vers présentent, d'une manière vive et forte, sinon authentique, la substance de ces harangues2 :
« Les seigneurs ne nous font que du mal; nous ne « pouvons avoir d'eux raison injustice; ils ont tout, « prennent tout, mangent tout, et nous font vivre en « pauvreté et en souffrance. Chaque jour est pour « nous jour de peines; nous n'avons nul gain de nos « labeurs, tant il y a de services de redevances et de « corvées. Pourquoi nous laisser traiter ainsi ? Met-