LIVRE
Le jeune Alfred prit terre à Douvres, et s'avança «b, au sud de la Tamise, pays où il devait rencontrer le m, moins de dangers et d'obstacles, parce que les Danois n'y habitaient pas en grand nombre. Godwin alla à sa rencontre, peut-être pour éprouver ce dont il était capable et pour concerter en commun avec lui quelque plan de délivrance nationale. Il le vit entouré d'étrangers, venus à sa suite pour partager la haute fortune qu'il espérait trouver chez les- Anglais, et cette vue changea subitement en malveillance pour Alfred les bonnes dispositions du chef saxon. Un ancien historien fait tenir à Godwin, dans cette circonstance, devant les autres chefs rassembles, un discours où il leur représente qu'Alfred est venu escorte de trop de Normands, qu'il a promis à ces Normands des possessions en Angleterre, et qu'on ne doit point laisser s'impatroniser dans le pays cette race d'étrangers connue dans le monde par ses ruses et son audace'. Quoi qu'il en ait été de cette harangue, Alfred fut abandonné, sinon trahi, par Godwin et par les Saxons2, qui, à la vérité, ne l'avaient point appelé d'outre-mer, ni attiré d'avance dans le péril où ils le laissaient. Les officiers du roi Harald, avertis de son débarquement, le surprirent avec ses compagnons dans la ville de Guildford, pendant qu'ils étaient désarmés et dispersés dans plusieurs
1 Nimiam copiam Xormatmoram «m addnxisse... gentem forte'iroam et subdolam inter eos instivpare Anglis securum non esse. (HenrieiHuatind. HM.,1S>. VI, apud fer. anglic. Senpl., p. 36o, éd.
Savile )
2 ' Compatriotarmn perfidia et maxime Gochvini. (Willelm Molmesb.', de Gest. reg. «tf., lïb. II , apnd ibid>,p. 77, éd. Savile.)
1037 maisons '. Ils furent tous saisis et garrottés, sans que
1039 personne essayât de les défendre 2.
Plus de six cents étrangers avaient suivi le jeune Alfred ; on les sépara de lui, et ils furent traités de la façon la plus barbare ; neuf sur dix périrent dans d'horribles tortures; le dixième seul obtint grâce de la vie. Le fîlsd'Ethelred, transféré dans l'île d'Ely, fut traduit devant des juges qui le condamnèrent à perdre les yeux comme violateur de la paix publique. Emma, sa mère, ne fit aucune démarche pour le sauver de ce supplice, dont il mourut ; elle délaissa l'orphelin, dit un vieux chroniqueur3 ; et d'autres historiens lui reprochent d'avoir été complice de sa mort 4. Cette dernière assertion est inadmissible ; mais une circonstance singulière, c'est qu'Emma, exilée peu de temps après d'Angleterre par le roi Harald, ne se rendit point en Normandie, auprès de ses propres parents et du second des fils d'Ethelred. Elle alla en Flandre quêter un asile étranger"1, et s'adressa
1. Sed postquam manducavcrant et biberant, et lectos ut pote fessi libenter ascenderant, ecce complices Haraldi infandissimi tyvanni adstmt et singula hospitia invadunt. (Emmae reginœ Encomium, apud Script, rer. gallic et francic, t. XI, p. 7.)
2. Roger de Hoved. Annal., pars I, apud Rer. anglic. Script. p. 438, éd. Savile. — Ailre 1 Rie val. Genealog. reg. angl., apud IJist. anglic. Script., t. I, col. 36K, éd. Selden. — Guill. Pictavieusis, apud Script, rer. normann., p. 178.
3. ... Deserti orpliani... nividia. (Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. II, apud lier, anglic Script., p. 76, el. Savile. j — Eluredi casura scire nolebat, et Edwardo exuli nihil peuitus boni faciebat. (Monast. anglic., Dugdale, t. I, p. 33.)
4. Quidam dicunt Emraam in necem Hlii sui Alfredi consensisse. (Chron Johan. Bromton, apud Hist. anglic. Script., t. I, col. 936, éd. Selden.) — Monast. anglic, Dugdale, t. I, p. 35.
5. Henrici Huntind. Hist., lib. VI, apud Rer. anglic. Script., p. 364, éd. Savile.