LIVRE II
au second fils de Knut, en Danemark, pour l'inviter mi à venger son frère maternel, le fils d'Ethelred, as- l0*9 sassiné, disait-elle, par Harald et trahi par Godwin '.
La trahison de Godwin fut le cri des Normands, 1039 qui, par un ressentiment aveugle, accusèrent plutôt les Saxons que les Danois du massacre de leurs compatriotes victimes d'une entreprise trop hasardeuse. Il y a d'ailleurs une foule de versions de cette aventure2, et aucune ne l'emporte sur les autres par le nombre ou la valeur des témoignages. L'un des historiens les plus dignes de foi commence son récit par ces paroles : « Je vais dire ce que les conteurs de « nouvelles rapportent de la mort d'Alfred 3 ; » et, à la fin de sa narration, il ajoute : « Voilà ce que race conte la tradition populaire, mais comme les chro- « niques se taisent là-dessus, je m'abstiens d'affir- «mer4. » Le fait certain, c'est le supplice du fils d'Ethelred et de plusieurs centaines d'hommes venus avec lui de Normandie et de France pour faire insurger les Saxons; l'entrevue de Godwin avec ce jeune homme, et surtout la trahison préméditée dont beaucoup de narrateurs l'accusent, sont des circonstances douteuses jointes par le bruit public à un fond vrai. Mais quelque inexactes qu'aient pu être ces rumeurs, elles ont une grande importance histori-
1. Rogev deHoved. Annal., pars I, apud Rer. anglic. Script., p. 438, éd. Savile.
2. Diversi diversimode et diversis temporibus... (Chron. Johan. Iîromton, apud Hist. anglic. Script., t. I, col. 936, éd. Selden.)
3. ... Qnod rumigeruli spavgunt. (Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. II, apud Rer. anglic. Script., p. 77, éd. Savile.)
4. Hœc, quia fama serit, non omisi, sed quia chronica tacet, pro solido non asserui. (Ibid.)
1039 que, à cause du crédit qu'elles obtinrent dans les pays 10% d'outre-mer, et de la haine nationale qu'elles firent
naître chez les Normands contre le peuple anglais.
A la mort de Harald, les Anglo-Saxons, encore trop peu hardis pour choisir un roi de leur propre race, concoururent avec les Danois à l'élection du fils d'Emma et de Knut !, Le premier acte de royauté que fit Hardeknut fut d'ordonner qu'on déterrât le corps de son prédécesseur (Harald), et qu'après lui avoir coupé la tète on le jetât dans la Tamise. Des pêcheurs danois retrouvèrent le cadavre, et l'ensevelirent de nouveau à Londres, dans le cimetière réservé «à leur nation, qui, même dans sa sépulture, voulait être distinguée des Anglais2. Après avoir donné contre un frère mort cet exemple de vengeance et de barbarie, le nouveau roi, avec une apparence de regrets et d'affliction fraternelle, fit commencer sur le meurtre d'Alfred une vaste enquête judiciaire. Comme lui-même était Danois, aucun homme de race danoise ne fut sommé par ses ordres de comparaître en justice, et les Saxons furent seuls chargés d'un crime qui n'avait pu être utile qu'à leurs maîtres.
1040 Godwin, dont la puissance et les intentions patriotiques donnaient des craintes au roi étranger, fut accusé le premier de tous : il se présenta, selon la loi anglaise, accompagné d'un grand nombre de parents, d'amis et de témoins du fait, qui jurèrent avec
1. ... Anglis et Punis in imam sententiam convenientibus. (Willelm. Malmesb., de Gest. rer. anal., lib. II, apud Rer. anglic. Script., p. 76, éd. Savile.) — Matthaei monast. F/or. histor., p. 210.
2. ... In cœmeterio Daiiornm. [Hist. Ingulf. Croyland., apud lier. anglic. Script., t. I, p. 62, éd. Gale.)