‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 152 sur 233 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Ces rois envoyèrent même au paisible Edward des um messages de paix et d'amitié : « Nous vous laisse- iîis « rons, lui disaient-ils, régner sans trouble sur votre « pays, et nous nous contenterons des royaumes que « Dieu nous a donnés '. »

Mais, sous cette apparence extérieure de prospérité et d'indépendance, se développaient sourdement de nouveaux germes de trouble et de ruine. Le roi Edward, fils d'une Normande, élevé depuis son enfance en Normandie, était revenu presque étranger dans la patrie de ses aïeux 2; le langage d'un peuple étranger avait été celui de sa jeunesse ; il avait vieilli parmi d'autres hommes et d'autres mœurs que les mœurs et les hommes de l'Angleterre; ses amis, ses compagnons de plaisir et de peine, ses plus proches parents, l'époux de sa sœur, étaient de l'autre côté delamer. Ilavaitjuréde n'amener qu'un petit nombre de Normands : il en amena peu en effet, mais beaucoup vinrent après lui : ceux qui l'avaient aimé dans son exil , ceux qui l'avaient secouru quand il était pauvre accoururent assiéger son palais 3. Il ne put se défendre de les accueillir à son foyer et à sa table ,

1. Existimo, inquit, rectissimum id esse et rei convenientissimum Ht Edwardo régi regnum sunna relinquam, a me non turbatum, egoque mihi teneam régna quae Deus mihi possidenda concessit. (Sa°,a af Magnusi Goda, cap. xxxvm ; Snorre's Heimskringla, t. III, p. 52.) — Hist. Ingulf. Croyland., apud Rer. anglic. Script., t. I, p. 65, éd. Gale. — Chron. Jolian. Bromton, apud Hist. anglic. Script t I col. 938, éd. Selden.

2. ... Pœne in Gallicum transierat. (Hist. Inrjulf. Croyland., apud Rer. anglic. Script., t. I, p. 62, éd. Gale.)

3. Siquidem aliquantos Xormannos rex accersierat, qui olim inopiam exulis pauculis beneneiis levarant. (Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl, lib. II, apud Rer. anglic. Script., p. 80, éd. Savile.)

042 et même de les y préférer aux inconnus dont il tenait ois son foyer, sa table et son titre. Le penchant irrésistible des anciennes affections l'égara jusqu'au point de confier les hautes dignités et les grands emplois du pays à des hommes nés sur une autre terre et sans amour pour la patrie anglaise l. Les forteresses nationales furent mises sous la garde d'hommes de guerre normands ; des clercs de Normandie obtinrent des évêchés en Angleterre, et devinrent les chapelains, les conseillers et les confidents intimes du roi. Quiconque sollicitait en langue normande 2 n'essuyait jamais un refus; cette langue bannit même du palais la langue natii maie, objet de risée pour les courtisans étrangers, et nulle flatterie ne s'adressa plus au roi que dans cet idiome favori. Tous les gens ambitieux parmi la noblesse anglaise parlaient ou balbutiaient dans leurs maisons le nouveau langage de la cour, comme le seul digne d'un homme bien né 3; ils quittaient leurs longs manteaux saxons pour les casaques normandes; ils imitaient dans l'écriture la forme allongée des lettres normandes; au lieu de signer leur nom au bas des actes civils , ils y suspendaient des sceaux en cire, à la manière normande.

1. Attrabens de Xormaimia plurimos quos, variis dignitatibus promotos, in immensum exaltabat. [Hisl. Ingulf. Croyland., apud lier. anglic. Script., t. I, p. 62, éd. Gale.) — Monast. anglic, Dugdale, t. I, p. 34. — Inter quos Robertum quem ex monacho gemmeticenst episcopum Londoniœ et post arcbiepiscopum Cantuariae statuerat. iWillelm. Malmosb., de Gest. reg. angl., lib. II, apud Ber. anglic. Script., p. 80, éd. Savile.)

2. ... Gallicum idioma. [Hist. Ingulf. Croyland., apud Ber. anglic. Script., t. I, p. 62, éd. Gale.)

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