LIVRE III
forme à tant d'autres, n'étaient ni jugés ni même 1052 soupçonnés en Angleterre, lorsqu'un prêtre, nommé tm Godric, y rapporta de Rome le pallium accordé cette fois par le souverain pontife à l'élu de Canterbury1. Dans leur chronique en langue saxonne, les moines de l'abbaye de Peterborough consignèrent cette grande nouvelle comme le fait capital de l'année2. Mais, en 1059, l'élection canonique d'un autre pape, Nicolas II, amena l'abdication de Benoît X, qui fut dégradé du sacerdoce et dont tous les actes furent annulés3. Stigand se trouva donc de nouveau sans pallium et chargé d'un nouveau reproche, celui d'avoir sollicité les bonnes grâces d'un faux pape ignominieusement dégradé. Bientôt la correction ecclésiastique vint le frapper lui-même, et, en 1061, 1051 Alexandre II lui interdit les fonctions métropolitaines, parce qu'il avait pris l'archevêché de Canterbury du vivant de l'archevêque Robert, qu'il avait porté en officiant à la messe le pallium de Robert et qu'il cumulait l'évèché de Winchester avec l'archevêché de Canterbury \ De ces trois chefs d'accusation,
1. Godricus Romani a Stigando archiepiscopo legatus pallium ipsi a Benedicto antipapa transmissum detulit. (Anglia sacra, t. I p. 796.)
2. Hoc anno, decessit Stephanus papa, et fuit Benedictus consecratus in papam : is ipse mittebat Stigando archiepiscopo pallium hanc in terrain. (Chron. saxon., éd. Gibson, p. 170.)
3. Sed illo post non multum dejecto, omnia ejus facta evacuata. (Willelm. Malmesb., de Gest. pontifie, angl., lib. I, p. 204, éd. Savile.)
4. Quod episcopatum Wintonise cum archiepiscopatu injuste possidebat, et quod vivente Roberto archiepiscopo non solum arebiepiscopatum sumpsit, sed etiam ejus pallio quod Cantuariae remansit, dum vi et injuste ab Anglia pulsus est, in missarum celebratione aliquan-
îosi l'un était depuis longtemps éteint, l'autre était une faute irréfléchie et, comme telle, digne d'indulgence, un autre enfin était l'exemple même donné par le précédent pape, Nicolas II, qui avait gardé jusqu'cà sa mort l'évèché de Florence avec celui de Rome1. Il ne se trouvait d'ailleurs contre celui qu'on aurait pu nommer l'élu du peuple d'Angleterre aucun motif de répugnance personnelle. Si l'ambition de Stigand était notoire, ses mœurs étaient irréprochables, et bien que taxé d'avarice par ceux qui ne l'aimaient pas, il avait fait aux églises de Winchester et de Canterbury le don d'ornements magnifiques longtemps célèbres après sa mort*. On ne pouvait lui imputer que les vices communs du haut clergé de l'Angleterre et de tout l'Occident à cette époque, peu de littérature et l'habitude de traiter les affaires de l'Église avec le même esprit que celles du siècle, d'en convoiter sans mesure les biens et les dignités et de
diu usus est. (Roger de Hoved. Annal., pars I, p. 453, éd. Savile.) — Les effets de cette interdiction, déclarée en Angleterre par deux légats du suint-siége, consistaient à réduire Stigand au titre et aux droits de simple évêque administrant par intérim l'archevêché de Canterbury. On s'y conforma en 1062, à cause de la présence des légats; mais, après leur départ, on n'en tint plus compte. — Voyez Florent Wigorn. Chron. , apud Monumenta historica britannica , p. 599.