‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 171 sur 233 · LIVRE II I · texte numérisé non relu

LIVRE II I

Léon IX de la violation faite en sa personne d'un 10à52 caractère sacré, sous de faux prétextes, à ce qu'il 1061 disait, et par les manœuvres de factieux qui étaient eu même temps ses ennemis et ceux du roi. Il rapporta en Normandie des lettres du pape attestant son innocence, justifiant sa conduite, et demandant sa restauration dans le siège , que nul autre ne devait occuper de son vivant1. Ou le pape Léon IX ne se rendait pas un compte exact de la crise d'où sortait l'Angleterre, ou, par habitude de juger toutes choses du point de vue purement religieux, il subordonnait la question de sûreté nationale à celle de discipline ecclésiastique. En donnant à l'étranger banni comme dangereux des lettres qui imposaient son rétablissement à la nation anglaise, il sortait de ses attributions spirituelles et se mêlait des affaires politiques du pays. Obéir en quoi que ce fût à ces lettres, reconnaître une suspension des droits de métropolitain, eût été, de la part de ceux qui gouvernaient l'Angleterre, fléchir surla question de garantie contre le retour des favoris exilés2. Le grand conseil de la nation ne voulut céder sur aucune des conséquences de son jugement, et le roi, que ce fût de bon cœur ou

1. Romamque profectus et de causa sua sedem apostolicam appel lans... (Willelm. Malinesb., de Gest. reg. angl., lib. II, p. 82, éd. Savile.) — Romam ivit, unde cum epistolis innocentiœ et restitutionis sure allegatricibus rediens... (Idem, de Gest. pontifie, angl., lib. I,

2. L'un des anciens manuscrits de la chronique saxonne de Peterborough, mais un seul, montre qu'il y eut dans le clergé des partisans de ce moyen terme. Il porte à la date de 1053 : Cette année, il n'y eut pas d'archevêque dans ce pays. Mais l'évéque Stigand tenait l'évéché de Canterbury et Kynsig celui d'York. — Voyez Monumenla historien britannica, p. 452.)

io52 non, se soumit à la nécessité. L'archevêque Stigand io6i conserva son titre, mais il eut le tort d'aller plus loin : par un acte de présomption qui était dans son caractère, il officia revêtu du pallium que Robert avait laissé à son départ1. Cet acte inconsidéré n'était au fond qu'un signe de sa confiance absolue que dans un temps plus ou moins prochain un pape mieux informé que Léon IX transigerait sur le droit qu'àvait l'Angleterre de tenir aux précautions prises pour sa paix intérieure contre les intrigues de l'étranger.

L'archevêque Robert mourut à l'abbaye de Jumiéges peu de temps après son retour de Rome ; mais sa mort, qui aurait dû tout concilier, ne fit point revenir le pape Léon IX de sa détermination de ne point reconnaître et de ne point confirmer par l'envoi du pallium l'archevêque élu de Canterbury. Stigand attendit la mort de Léon IX pour renouveler ses instances. Il s'adressa, mais inutilement, à deux papes, Victor II et Etienne IX2. Quand le dernier mourut, en 1058, imperturbable dans son espérance, il saisit encore l'occasion d'un nouvel avènement. C'était celui de Benoît X, intronisé par une faction de nobles romains sans l'aveu et contre le gré des cardinaux3. Les vices de cette élection, en apparence con-

1. Magnanimus enim erat valde et inœstimabilis prœsumptionis. vas. Cantuar. Art. pontifie, cantuar., apud Hist. anglic. Script.,

col. 1651, éd. Selden.)

2. Quare nunquam pallium a Roma nierait, quamvis et ibi venalitas multum operetur. Willelrn. Malmesb., de Gest. pontifie, angl., lib. I, p. 204, éd. Savile.)

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