LIVRE III
Le jour même des funérailles d'Edward, au milieu 1066 d'un deuil universel et sous l'émotion d'une crise nationale, Harold fut élu roi par les grands et les nobles encore très-nombreux dans Londres, et sacré par l'archevêque Stigand, qui, malgré son interdiction prononcée à Rome, avait célébré comme métropolitain les obsèques royales, et, quelques jours auparavant, la dédicace de l'église de Saint-Pierre1. Le petit-fils du fermier Wulfnoth, parvenu au rang suprême, se montra, dès son avènement, juste, sage, affable, dévoué à l'intérêt général, et, selon les paroles d'un vieil historien, il ne s'épargna, pour la dé-
1. Tune Haroldus cornes capessit regnum, sicut rex ei concesserat, omnesque ad id eum eligebant, et consecratus est in regem in festo Epiphanice. (Chron. saxon., éd. Gibson, p. 172.) — Quo tumulato, subregulus Haraldus, Godwini ducis filius, quem rex ante suam decessionem regni successorem elegerat, a totius Anglia? primatibus ad regale culmen electus. (Florent. Wigorn. Chron., p. 633, éd. Francofurt...) — Guill. Pictav., apud Script, rer. normann., p. 196. — Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., apud Script, rer. normann.,^. 492. — Hic residet Harold rex Anglorum, Stigand archiepiscopus ; Tapisserie de Bayeux. — Rex igitur consecratus a Stigando dorobernensi archiprœsule... (De Inventione sanctœ crucis walthamensis; Chron. anglo-norm., t. II, p. 243.) — L'une des chartes du roi Edward en faveur de l'abbaye de "Westminster, nouvellement reconstruite, porte, après le nom de la reine Edith, la signature suivante : Ego Stiyandus archiepiscopus conce&si et subscripsi. Une autre charte du même roi pour la même œuvre porte : Ego Stigandus, sanclap. metropolis ecclesiae cantuarix episcopus, confirmavi. Voyez Spelman, Concilia Magnse Britannias, t. I, p. 331 et 635. — Quant à l'assertion que le sacre de Harold fut fait par l'archevêque d'York, Eldred , assertion émise au douzième siècle, c'est-à-dire longtemps après la déposition canonique de Stigand, par des historiens amis de la cause anglo-saxonne qui tenaient à séparer cette cause de celle du prélat condamné, on doit la croire fausse, car il y a contre elle un fait d'impossibilité : c'est qu'Eldred était gravement malade à l'époque de la mort du roi Edward et que sa maladie dura plusieurs mois. — Voyez V Anglia sacra, t. I, p. 243.
1066 fense du pays, aucune fatigue ni sur terre ni sur mer l.
Il fallut au roi Harold beaucoup de soins et de peines pour vaincre le découragement public qui se montrait de différentes manières. L'apparition d'une comète, visible en Angleterre pendant près d'un mois, produisit sur les esprits une impression extraordinaire d'étonnement et d'effroi. Le peuple s'attroupait dans les rues et sur les places des villes et des villages pour considérer ce météore, qu'on regardait comme la confirmation des pressentiments nationaux 2. Un moine de Malmesbury, qui s'occupait d'astronomie, composa sur la nouvelle comète une sorte de déclamation poétique où se trouvaient ces paroles : « Te voilà donc enfin revenue, toi qui « feras pleurer tant de mères ! Il y a bien des an- « nées que je t'ai vue briller; mais tu me semblés « plus terrible aujourd'hui que tu m'annonces la « ruine de mon pays 3. »
Les commencements du nouveau règne furent marqués par un retour complet aux usages nationaux
1. Qui mox, ut regni gubernacula susceperat, leges iniquas des ■■ truere, scquas caepit condere, ecclesiavum ac monasteriorum patronus fieri... pium, humilem, aftabilemque se bonis omnibus exlnbere, maie factores exosos babere... et pro patriœ defensione ipsemet terra manque desudare. (Florent. Wigorn. Chron., p. 633, éd. Francofurt...) -- Roger de Hoved. Annal., pars I, apud Rer. anglic. Script., p. 447, éd. Savile. — Willelm. Malmesb. , de Gest. reg. angl. , apud ibid. , p. 93.