LIVRE III
l'Angleterre pour la fête des Saints-Innocents, 28 décembre 1065. Mais ce jour-là, Edward malade ne put sortir de sa chambre ; la cérémonie eut lieu sans lui, et la reine Edith, chargée de ses insignes, l'y représenta comme souverain et comme fondateur. L'absence du roi et l'idée de son danger attristèrent cette fête nationale pour laquelle des milliers d'hommes avaient été convoqués ou étaient venus d'euxmêmes à Londres. Le roi Edward, atteint gravement, languit encore une semaine, et il expira le 5 janvier de l'année 1066. Sur son lit de mort, il 1056 s'entretint sans cesse de ses sombres pressentiments; il eut des visions effrayantes, et, dans ses extases mélancoliques, les passages menaçants de la Bible lui revenaient à la mémoire. «Le Seigneur a tendu « son arc, disait-il ; le Seigneur a préparé son glaive ; « il le brandit comme un guerrier; son courroux se « manifestera par le fer et par la flamme K » Ces paroles d'une application évidente frappaient de crainte les grands du royaume et les chefs de province qui, retenus à Londres par l'attente d'un événement douloureux , entouraient en ce moment le lit du
roi.
Quelque affaiblie que fût la pensée du vieux monarque, il eut assez de force et de résolution pour décla-
1 Et ecce Dominus gladium suum vibravit, arcum suum tetendit et paravit illum. Ostendet deinceps populo huiciram et indignationem I«me simul et gladio puniendi. (Ailred. Rieval., de Vita Edwardi confess apud Hist. anglic. Script., t. I, col. 400, éd. Selden.) - La prophétie du roi Edward annonçant la conquête de l'Angleterre pour I un temps déterminé est une légende qui n'a pu être construite qu'après l'événement.- Voyez ibid., et WUlelm. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. II, p. 92, éd. Savile.)
1066 rer aux chefs qui le consultaient sur le choix de son successeur, que l'homme le plus digne de régner était Harold, fils de Godwin1. En prononçant le nom de Harold dans cette circonstance, le roi Edward se montrait supérieur à ses préjugés d'habitude, et même à l'ambition de retenir la couronne dans sa propre famille ; car il y avait alors en Angleterre un petit-fils d'Edmund Côte-de-Fer, né en Hongrie, où son père s'était réfugié, comme on l'a vu, dans le temps des proscriptions danoises. Ce jeune homme, appelé Edgard, n'avait ni talents ni gloire acquise, et ayant passé toute son enfance dans un pays étranger, il parlait à peine la langue saxonne 2. Un pareil candidat ne pouvait lutter de popularité avec Harold, l'homme puissant et admiré, le guerrier à toute épreuve, le chef de la famille ennemie de toute influence étrangère 3. Lui seul semblait capable de tenir tête aux dangers qui menaçaient la nation et de démentir l'absurde promesse qu'il avait faite malgré lui 4 ; quand bien même le roi mourant ne l'eût pas désigné au choix du conseil souverain , son nom devait sortir de toutes les bouches.
1. Chron. saxon., éd. Gibson, p. 172. — Eadmeri Hist. nov., p. 5, éd. Selden. — Roger de Hoved. Annal., pars I , apud Rer. anglic. Script., p. 449, éd. Savile.
2. Clitonis Edwardi nuper defuncti filium Edgarum regio solio minus idoneum tam corde quam corpore... (Ingulf. Croyland. Hist., p. 899, éd. Savile.) — Pontani Berum danicarum Hist., lib. V, p. 183 et 184, éd. Amsterdam, 1651.
3. Quia non erat eo prudentior in terra, armis magis strenuus, legum terrse sagacior, in omni génère probitatis cultior. (Vita Haroldi, Chron. anglo-norm., t. II, p. 243.)
4. Postbabitoque juramenti, quodnullum esse credebatur, periculo... (Ibid., p. 187.)