‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 19 sur 233 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

dans la forteresse, ou, autour d'elle, sur la ligne du 578 retranchement romain. C'est là qu'au milieu des réjouissances d'une fête nationale, où plusieurs jours se passaient d'ordinaire en festins et en scènes d'ivresse, ils furent assaillis à l'improvistepar une armée d'Angles, de Pietés, de Scots, et, chose triste à dire, de Bretons devenus vassaux des Angles1. Le combat fut atroce et continué durant sept jours au dehors puis au dedans de la forteresse, dont tous les défenseurs moururent à leur poste. Trois cent soixante-trois chefs, portant le collier d'or, marque du haut commandement chez les Bretons, avaient pris avec leurs hommes le chemin de Caltraeth ; il n'en revint que trois, parmi lesquels était Aneurin, l'un des bardes les plus célèbres. Il fit sur ce grand désastre de sa nation un poëme qui s'est conservé jusqu'à nous 2.

Après cette victoire, qui réduisit tous les clans bre- 5^J tons du nord-est à l'état de sujets tributaires, la do- 58° minationdes Angles, s^étendant jusqu'aux rives du Forth et de la Clyde, eut pour limites, avec les montagnes de l'ouest, ces deux fleuves et le cours de l'Humber. Le territoire envahi ne reçut point de la conquête un nouveau nom ; les Angles conservèrent les anciennes dénominations géographiques, et s'en servirent pour distinguer politiquement leurs principales colonies. Il y eut deux royaumes fondés entre le Forth et l'Humber, dont l'un continua d'être ap-

1. History of the Anglo-Saxons, hy Sharon Turner, vol. I, p. 309 et suiv. — Poèmes des bardes bretons du sixième siècle, p. 232 et suiv.

2. Voyez le Gododin d' Aneurin ; Poèmes des bardes bretons du sixième siècle, p. 248.

560 pelé, comme dans les temps bretons, pays de Bry- 580 neich ouBernicie, et l'autre pays de Deïfr ou Deïre; plus tard, lorsqu'ils furent réunis, on les appela collectivement pays au nord de l'Humber1. Le nom de royaume ou pays des Angles ne fut donné qu'à un territoire moins vaste et plus méridional, où des hommes de- cette nation, avant son émigration en masse, avaient fondé une colonie peu nombreuse, mais capable de se maintenir contre les indigènes, grâce à l'alliance des Saxons orientaux au nord desquels elle habitait2.

L'ancienne population des Coraniens, établie depuis des siècles au sud de l'Humber et qu'un si long séjour parmi les Bretons n'avait pu réconcilier avec eux, se joignit volontairement aux envahisseurs anglosaxons comme elle s'était jointe autrefois aux Romains3. Dans son alliance avec les conquérants, son nom de peuple disparut de la contrée qu'elle occupait, mais le nom de ses alliés ne l'y remplaça point : tous les deux se perdirent, et le pays situé entre l'Humber et l'Ouse fut dès lors appelé pays de Merk4, ou Mercie, à cause de la nature du sol, en grande partie bS6 marécageux5. Ce furent des Angles descendus des territoires de Deïre et de Bernicie, ou venus de la côte orientale, qui fondèrent, sous ce nom, le huitième et

1. Northan-hymbra-rike, Nortkan-hymbra-land; en anglais moderne, Northumberland ; en latin, Northumbria.

2. East-engla-rike , East-engla-land; en latin, Orientales Angli , Estanglia.

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