‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 207 sur 233 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

ni trêve, ni traité avec l'envahisseur, et de mourir 1066 ou de chasser les Normands1.

Tout un jour fut employé à ces messages inutiles; c'était le dix-huitième depuis le combat livré aux Norvégiens près d'York. La marche précipitée de Harold n'avait encore permis à aucun nouveau corps de troupes de le rejoindre à son camp. Edwin et Morkar, les deux grands chefs du nord, étaient à Londres, ou en chemin vers Londres ; il ne venait que des volontaires, un à un, ou par petites bandes, des bourgeois armés à la hâte, des religieux qui abandonnaient leurs cloîtres pour se rendre à l'appel du pays. Parmi ces derniers on vit arriver Leofrik, abbé du grand monastère de Peter borough, près d'Ely, et l'abbé de Hida, près de Winchester, qui amenait douze moines de sa maison et vingt hommes d'armes levés à ses frais2.

L'heure du combat paraissait prochaine; les deux frères de Harold, Gurth et Leofwin, avaient pris leur poste auprès de lui; le premier tenta de lui persuader de ne point assister à l'action, mais d'aller vers Londres chercher de nouveaux renforts, pendant que ses amis soutiendraient l'attaque des Normands. « Harold, disait-il, tu ne peux nier que, soit de force, « soit de bon gré, tu n'aies fait au duc Guillaume un « serment sur les corps des saints ; pourquoi te ha- « sarder au combat avec un parjure contre toi? Nous « qui n'avons rien juré, la guerre est pour nous de

1. Chronique de Normandie ; Recueil des hist. de la France, t. XIII,

2. De domo suaduodecimmonachos, "t v^inti milites pro servitio. (Monast. anglic, Dugdale, t. I, p. 210 .)

«066 utoute justice; car nous défendons notre pays. « Laisse -nous donc seuls livrer bataille; tu nous «aideras si nous plions, et si nous mourons, tu «nous vengeras1. » A ces paroles touchantes dans la bouche d'un frère , Harold répondit que son devoir lui défendait de se tenir à l'écart pendant que les autres risquaient leur vie2; trop plein de confiance dans son courage et dans la bonté de sa cause, il disposa les troupes pour le combat.

Sur le terrain qui porta depuis, et qui aujourd'hui porte encore le nom de lieu de lu Ijotaille3, les lignes des Anglo-Saxons occupaient une longue chaîne de collines fortifiées par un rempart de pieux et de claies • l'osier. Dans la nuit du 13 octobre, Guillaume fit annoncer aux Normands que le lendemain serait jour de combat. Des prêtres et des religieux qui avaient suivi, en grand nombre, l'armée d'invasion, se réunirent pour prier et chanter des litanies, pendant que les gens de guerre préparaient leurs armes. Ceux-ci, après ce premier soin, employèrent le temps qui leur restait à faire la confession de leurs péchés, soit à un homme d'église, s'ils en trouvaient quelqu'un, soit entre compagnons sous la tente4. Dans l'autre

1. Xos omni juramento expediti juste ferrum pro patria stringeîmis... et fugientes restituere et raortuos ulcisci poteris. (Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl., lib. III, apud Rer. anglic. Script., p. 100, ed, Savile.)

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