‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 214 sur 233 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

roi, avait entretenue comme maîtresse, et la prièrent 1066 de se joindre à eux. Elle s'appelait Edith, et on la surnommait la Belle au cou de cygne ' . Elle consentit à suivre les deux prêtres, et fut plus habile qu'eux à découvrir le cadavre de celui qu'elle avait aimé.

Tous ces événements sont racontés par les chroniqueurs de race anglaise avec un ton d'abattement qu'il est difficile de reproduire. Ils nomment le jour de la bataille un jour amer, un jour de mort, un jour souillé du sang des nobles et des braves2. « An- « gleterre, que dirai -je de toi, s'écrie l'historien de « l'église d'Ely, que raconterai-je à nos descendants? « que tu as perdu ton roi national et que tu es tom- « bée au pouvoir de l'étranger ; que tes fils ont péri « misérablement; que tes conseillers et tes chefs sont « vaincus, morts ou déshérités 3. » Bien longtemps après le jour de ce fatal combat, la superstition

1. Currunt ad cadavera, et vertentes ea hue et illuc, domini régis corpus agnoscere non valentes... niulierem, quam, ante sumptum regimen, dilexerat, Editham, cognomento Swannes-hals, quod gallice sonat colium cygni, secum adducere. (De inventione sanctse crucis walthamensis ; Chron. anglo-norm ., t. II, p 249.)

2. Hœc congressio tam lethalis, tam amara, tôt generosorum sanguine cruenta. (Matth. Westmonast. Flores hist., p. 224. — Ula fuit dies fatalis Anglis, funestum excidium dulcis patriae. (Willelm. Malmesb., de Gesl. reg. angl., lib. III,, p. 101, éd. Savile.) — Guillaume de Malmesbury, écrivain des premiers temps du douzième siècle, était fils d'un Normand et d'une Saxonne ; il dit de lui-même : Ègo (iutem; quia utriusque gentis sanguinem traho, dicendi taie temperamentum servabo. Et en effet, on peut le nommer l'historien éclectique de la conquête.

3. De te quid dicam, quid posteris referam? Va? tibi est, Arglia!... (Hist. ecclesiast. Eliensis, lib. II, cap. xliv, apud Rer. anglir. Script., t. II, p. 516, éd. Gale.)

1066 patriotique crut voir encore des taches de sang sur le terrain où il avait eu lieu; elles se montraient, disait-on, sur les hauteurs au nord-ouest de Hastings, quand la pluie avait humecté le sol '.

Aussitôt après sa victoire, Guillaume fit vœu de bâtir en cet endroit un couvent sous l'invocation de la sainte Trinité et de saint Martin, le patron des guerriers de la Gaule 2. Ce vœu ne tarda pas à être accompli, et le grand autel du nouveau monastère fut élevé au lieu même où l'étendard du roi Harold avait été planté et abattu. L'enceinte des murs extérieurs fut tracée autour de la colline que les plus braves des Anglais avaient couverte de leurs corps, et toute la lieue de terre circonvoisine, où s'étaient passées les diverses scènes du combat, devint la propriété de cette abbaye, qu'on appela, en langue normande, Y Abbaye de la Bataille 3. Des moines du grand couvent de Marmoutiers, près de Tours, vinrent y établir leur domicile, et prièrent pour les âmes de ceux qui étaient morts dans cette journée*. On dit que, dans le temps où furent posées les premières pierres de l'édifice, les architectes découvrirent que certainement l'eau y manquerait : ils allèrent, tout déconcertés, porter à Guillaume cette nouvelle désagréable . «Travaillez, travaillez toujours, répliqua le

1. Si forte modico imbre maduevit, verum sanguinem et quasi recentem exsudât. (Guilielm, Neubrig. Hist., p. 10, éd. Hearne.)

2. Cbartîe Willelmi Conqusestoris, apud Monast. anglic, Dugdale, t. I, p. 317 et 318.

3. Cum leuga circumquaque adjacente... sicut illa quœ rnibi coronam tribuit. (Cbarta Willelmi Conquaestoris, in notis ad Eadmcri Hist. nov., ed Selden., p. 165.) — En latin, Abbatia de Bello.

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