LIVRE PREMIER
rés, le préservèrent de l'invasion du langage romain, «» qui, sous des formes plus ou moins corrompues, gagnait peu à peu toute la Gaule. Le nom de Bretagne fut attaché à ces côtes, et en fit disparaître les noms divers des populations indigènes, pendant que File qui depuis tant de siècles avait porté ce nom le perdait elle-même, et, prenant le nom de ses conquérants, commençait à être appelée terre des Saxons et des Angles, ou, en un seul mot, Angleterre1.
Dans le temps où les hommes de Bretagne, fuyant 4^° devant les Anglo-Saxons, s'établissaient sur la pointe i0° de terre qu'on appelait la corne de Gaule2, des Saxons expatriés delà Germanie venaient fixer leur demeure sur une autre pointe plus septentrionale de la côte des Gaules, aux environs de la ville dont l'ancien nom s'est changé en celui de Bayeux 3. Dans le même temps aussi, la ligue germanique, dont les membres prenaient, depuis deux siècles, le nom de Franks, c'est-à-dire intrépides, descendait, en plusieurs bans, des bouches du Rhin et de la Meuse , sur les terres centrales de la Gaule. Deux autres nations, de race teutonique, avaient déjà envahi complètement et habitaient à demeure fixe toutes les provinces du sud, entre la Loire et les deux mers. Les Goths occi-
termes, d'appliquer ce nom indifféremment aux populations d'origine cambrienne et gallique. — Voyez Y Histoire des Gaulois , par Amédée Thierry.
1. Engel-seaxna-land, Engla-land ; prononcez Engleland; par corruption, England.
2. Cornu Gallix : c'est le même nom que celui de la pointe méridionale de l'île' de Bretagne.
3. Voyez Ducange, Glossariutn ad scriptares médias et infimse latiiiitaiis, au mot Otlingua Sasonica.
450 dentaux ou Visigoths1 occupaient le pays situé à 500 l'ouest du Rhône ; les Burgondes 2 tenaient la contrée de l'est. L'établissement de ces deux peuples barbares ne s'était pas fait sans violence ; ils avaient usurpé une portion des biens de chaque famille opulente : mais l'amour du repos et un certain esprit de justice, qui les distinguait entre tous les Germains, avaient promptement adouci leurs mœurs; ils se rapprochaient des vaincus, que leurs lois traitaient avec impartialité, et devenaient par degrés pour eux de simples voisins et des amis. Les Goths principalement se laissaient gagner aux mœurs romaines, qui alors étaient celles des habitants civilisés de la Gaule ; leurs lois étaient, en grande partie, de purs extraits du code impérial ; ils se faisaient gloire des arts, et affectaient la politesse de Rome 3.
Les Franks , au contraire, remplissaient le nord des Gaules de terreur et de ravages ; étrangers aux mœurs et aux arts des cités et des colonies romaines, ils les dévastaient avec indifférence et même avec une sorte de plaisir4. Comme ils étaient païens, aucune sympathie religieuse ne tempérait leur humeur