‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 37 sur 233 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

parti à prendre à leur égard. Il est permis de croire 591 que l'épouse chrétienne du roipaïen ne resta pas inactive clans cette grande circonstance, et que toutes les effusions de la tendresse domestique furent employées à rendre Ethelbert favorable aux missionnaires. Il consentit à entrer en conférence avec eux; mais, par un reste de défiance, il ne put se résoudre à les recevoir dans sa maison ni dans sa cité royale, et vint les trouver dans leur île, où il voulut encore que l'entrevue eût lieu en plein air, pour prévenir l'effet de tout maléfice, dans le cas où ces étrangers en useraient contre lui1. Les moines romains marchèrent au rendez-vous avec un appareil de cérémonie, rangés en files, précédés d'une grande croix d'argent et d'un tableau où était peinte la figure du Christ ; ils exposèrent l'objet de leur voyage et firent leurs prédications2.

« Voilà de belles paroles et de belles promesses, « leur répondit le roi païen ; mais comme cela est pour « moi tout nouveau, je ne puis sur-le-champ y ajou- « ter foi, et abandonner la croyance que je professe « avec toute ma nation. Cependant, puisque vous « êtes venus de loin pour nous communiquer ce que « vous-mêmes, à ce qu'il me semble, jugez utile et « vrai, je ne vous maltraiterai point; je vous fournirai « des provisions et des logements, et vous laisserai

1. Caverat autem ne in aliquam domum ad se introirent, veteri usus augurio, ne superventu suo, si quid maleficœ artis habuissent, eum stiperando deciperent. (Bedai Hist. eeclesiast., lib. I, cap. xxv, p. 76.)

2. Cnmque ad jussionem régis résidentes , verbum ei vitaî una cum omnibus qui aderant comitibus prœdicarent... (Ibid.)

« libres de publier votre doctrine et de persuader qui « vous pourrez1. »

Les moines se rendirent à la ville capitale, qu'on appelait la cité des hommes de Kent, en langue saxonne Kentwara-Byrig2; ils y entrèrent en procession, portant leur croix et leur tableau, et chantant des litanies. Ils eurent bientôt des auditeurs et des prosélytes ; une église bâtie du temps des Romains, et abandonnée depuis la conquête saxonne, leur servit pour célébrer la messe et administrer le baptême. Beaucoup d'hommes venaient à eux, attirés par la douceur de leur doctrine et la simplicité de leur vie. Ils frappèrent les imaginations par de grandes austérités; ils passèrent même pour avoir le don des miracles, et le bruit des prodiges qu'ils opéraient, soi parvenant au roiEthelbert 3, enleva de son esprit les derniers doutes qui retardaient sa conversion. Quand le chef du pays de Kent eut embrassé le christianisme, la nouvelle religion devint auprès de lui le plus sûr moyen de faveur, et le nombre de ceux qui demandaient à être baptisés se multiplia rapidement, quoique le roi Ethelbert, dit un vieil historien, ne voulût contraindre personne4. Il fonda pour ses doc-

1. « Pulchra sunt quidem verba, et promissa quse affertis... » (Bedœ Hist. ecclesiast., lib. I, cap. xxv, p. 76.)

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