‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 41 sur 233 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

« solennité chrétienne, et que, le jour de la dédicace eoi « des temples changés en églises, ainsi qu'aux fêtes « des saints dont les reliques y seront placées, on leur « laisse construire, comme par le passé, des caba- « nés de feuillage autour de ces mêmes églises, qu'ils « s'y rassemblent, qu'ils y amènent leurs animaux, « qui alors seront tués par eux, non plus comme « offrandes au diable, mais pour des banquets chré- « tiens, au nom et en l'honneur de Dieu, à qui ils « rendront grâces après s'être rassasiés. C'est en « réservant à ces hommes quelque chose pour la joie « extérieure, que vous les conduirez plus aisément à « goûter les joies intérieures1. »

Mellitus et Laurentius remirent à Augustin, avec ces instructions, l'ornement du pallium, qui, selon un cérémonial que l'Église romaine semble avoir emprunté de l'empire romain, était le signe officiel du droit de commander à des évèques2. Ils apportaient en même temps un plan de constitution ecclésiastique dressé à Rome, pour être appliqué au territoire anglo-saxon, à mesure que s'y agrandirait le domaine de la conquête spirituelle. Selon ce projet, Augustin devait ordonner douze évêques, et fixer dans la ville de Londres, quand cette ville deviendrait chrétienne, le siège métropolitain duquel relèveraient les douze autres sièges3. Pareillement, dès que la grande cité

1. Ut dum eis aliqua exterius gaudia reservantur, ad interiora gaudia consentire facilius valeant. (BedasHist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. xxv, p. 375.)

2. Voyez la dissertation de Mabillon De pallio archiépiscopale dans le tome II de ses œuvres posthumes, p. 420.

3. « ... Usum tibi pallii in eaad sola missarum solemnia agenda, « concedimus, ita ut per loca singula duodecim episcopos ordines qui

6oi de l'Angleterre septentrionale, que les Saxons nomniaient Everwie, aujourd'hui York, aurait reçu le christianisme, Augustin devait y instituer un évêque qui, recevant à son tour le pallium, deviendrait le métropolitain de douze évêohés nouveaux. L'archevêque d'York, bien que soumis à la juridiction d'Augustin, comme son inférieur durant sa vie, sous les successeurs d'Augustin ne devait relever que de Rome seule, et alors, entre les deux métropolitains de l'Angleterre, la primatie devait appartenir à celui qui aurait été ordonné le premier*.

A né considérer que du côté matériel ces arrangements pris d'avance avec une décision remarquable, on croit voir se renouveler, sous d'autres formes, les plans d'occupation de provinces conquises ou à conquérir, qui, dans les siècles antérieurs, émanaient de l'intelligence politique et de la puissante volonté du sénat romain. Toutefois les desseins du pape Grégoire sur la ville de Londres, ancienne métropole de la Bretagne méridionale, ne s'exécutèrent pas. Lorsque le pays des Saxons orientaux, dont cette ville était la capitale, eut été converti au christianisme par la prédication de Mellitus et par l'influence du roi Ethelbert, elle ne devint point métropole ecclésiastique, et le siège du premier archevêque des Anglais n'y fut point transféré. Soit pour complaire

« tuœ subjaceant ditioni... » (S. Gregorii Epistolae, apnd lîedas IJist, ecclesiast. genlis Anglor., lib. I, cap. xxix, p. 99.)

1. « Post obitum vero tuum ita episcopis, quos ordinaverit, praïsit a ut Londoiriensis episcopi nulle modo ditioni subjaceat. Sit vero « inter Londoniensis et Eboracensis civitatis episcopos in posterum « honoris ista distinctio , ut ipse prior habeatur qui prius fuerit orditi natus. » (Ibid.)

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