‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 82 sur 233 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

en masse de tous les gens du voisinage, commandés 87o par leurs seigneurs et par un moine appelé frère Toli, qui, avant tle se vouer à la retraite, avait porté les armes *. Trois rois danois furent tués dans ce combat; mais, à l'arrivée des autres, les Saxons, écrasés par le nombre, moururent presque tous en défendant leur poste. Quelques-uns des fuyards coururent au monastère annoncer que tout était perdu, et que les païens approchaient. C'était l'heure des matines, tous les moines se trouvaient réunis dans le chœur. L'abbé, homme d'un grand âge, leur parla ainsi : « Que tous « ceux d'entre vous qui sont jeunes et robustes se « retirent en lieu de sûreté, emportant avec eux les « reliques des saints, nos livres, nos chartes et ce que « nous avons de précieux. Moi je resterai ici avec les « vieillards et les enfants, et peut-être qu'avec l'aide « de Dieu, l'ennemi aura pitié de notre faiblesse2. » Tous les hommes valides de la communauté partirent au nombre de trente, et, ayant chargé sur un bateau les reliques et les vases sacrés, se réfugièrent dans les marais voisins. Il ne resta au chœur que l'abbé, des vieillards infirmes et quelques enfants que leurs familles, suivant la dévotion du siècle, faisaient élever sous l'habit monastique. Ils continuèrent le chant des psaumes à toutes les heures prescrites ; puis, quand vint celle de la messe, l'abbé se mit à

1. Summo diluculo, auditis divinis officiis, et sumpto sacro viatico, omnes ad moriendum pro Christi fide patriseque defensione... contra barbaros processeruut... quibus prsefuit f rater Tolius, monachus conversus... (Hist. Inguîf. Croyland., apud lier, anglic. Script., t. I, p. 20 et 21, éd. Gale.)

2. Fleury, Hist. ecclésiast., t, XI, p. 283, éd. Bruxelles, in-12, 1714,

870 l'autel en habits sacerdotaux. Tous les assistants reçurent la communion, et presque au moment même les Danois entrèrent clans l'église. Le chef, qui marchait entête, tua de' sa main l'abbé au pied de l'autel, et les soldats saisirent les moines, vieux et jeunes, que la frayeur avait dispersés. Ils les torturaient un à un pour leur faire dire où était caché le trésor, et, sur le refus de répondre, ils leur coupaient la tète. Au moment où le prieur tomba mort, l'un des enfants, âgé de dix ans, qui l'aimait beaucoup, se mit à l'embrasser, pleurant et demandant à mourir avec lui. Sa voix et sa figure frappèrent un des chefs danois; ému de pitié, il tira l'enfant hors de la foule ; puis, lui ôtant son froc et le couvrant d'une casaque : « Suismoi, dit-il, et ne me quitte plus. » Il le sauva ainsi du massacre; mais aucun autre ne fut épargné. Après avoir inutilement cherché le trésor de l'abbaye, les Danois brisèrent les tombeaux de marbre qui étaient dans l'église, et, furieux de n'y point trouver de richesses, ils dispersèrent les ossements et mirent le feu à l'église. Ensuite ils se dirigèrent vers l'est sur le monastère de Peterborough '.

Ce monastère, l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture du temps, avait, suivant le style saxon, des murailles massives, percées de petites fenêtres à plein cintre, ce qui le rendait facile à défendre. Les Danois trouvèrent les portes fermées, et furent reçus à coups de flèches et de pierres par les moines et les gens du pays, qui s'étaient renfermés avec eux : au

1. Hist. Ingulf. Croyland., apud Rer. anglic. Script., t. I, p. 22, éd. Gale. — Fleury, Hist. ecclésiast., t. XI. p. 284.

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