‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 81 sur 233 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Ce fier appel à la vengeance et aux passions guer- P65 rières, chanté premièrement dans une cérémonie funèbre, courut ensuite de bouche en bouche, partout où Ragnar-Lodbrog avait eu des admirateurs. Nonseulement ses fils, ses parents, ses amis, mais une foule d'aventuriers et de jeunes gens de tous les royaumes du nord y répondirent. En moins d'un an, 865 3t sans qu'aucune nouvelle hostile parvint en Angleterre, huit rois de mer et vingt ïarls ou chefs du second ordre, se confédérant ensemble, réunirent leurs vaisseaux et leurs soldats. C'était la plus grande flotte qui fût jamais partie du Danemark pour une expédition lointaine. Elle devait aborder au Northumberland ; mais une méprise des pilotes la porta plus au sud, vers la côte d'Est-Anglie *.

Incapables de repousser un si grand armement, les se: gens du pays firent aux Danois un accueil pacifique ; et ceux-ci en profitèrent pour amasser des vivres, réunir des chevaux et attendre des renforts d'outremer; puis, quand ils se crurent assurés du succès, ils marchèrent sur York, capitale de la Northumbrie, dévastant et brûlant tout sur leur passage. Les deux chefs de ce royaume , Osbert et ^Ella, concentrèrent leurs forces sous les murs de la ville, pour livrer une bataille décisive. D'abord les Saxons eurent l'avantage; mais ils se lancèrent avec trop d'imprudence à la poursuite de l'ennemi, qui, s'apercevant de

of the Ânglo-Saxans, vol. I, p. 480 et suiv. — Ce morceau, dans l'original, n'a pas moins de vingt-neuf strophes; j'ai été forcé d'en omettre près de la moitié et d'abréger le reste.

1. Est-Anglia; traduction latine du mot saxon East-engla-lnnd. — Turner's Hist. of the Anglo-Saxons, vol. I, p. 511.

867 leur désordre, revint sur eux et les défit complètement. Osbert fut tué en combattant, et, par une singulière destinée, ^Ella, tombé vivant entre les mains des fils de Lodbrog, expia dans des tortures inouïes le supplice infligé à leur père l.

867 La vengeance était consommée; mais alors une

870 autre passion, celle du pouvoir, se fit sentir aux chefs confédérés. Maîtres d'une partie du pays au nord de l'Humber, et assurés par des messages de la soumission du reste, les fils de Ragnar-Lodbrog résolurent de garder cette conquête. Ils mirent garnison à York et dans les principales villes, distribuèrent des terres à leurs compagnons, et ouvrirent un asile aux gens de tout état qui viendraient des contrées Scandinaves pour accroître la nouvelle colonie. Ainsi le Northumberland cessa d'être un royaume saxon; il devint le point de ralliement des Danois, pour la conquête du

870 sud de l'Angleterre. Après trois ans de préparatifs, la grande invasion commença. L'armée, conduite par ses huit rois, descendit l'Humber jusqu'à la hauteur de Lindesey, et, ayant pris terre, marcha directement du nord au sud, pillant les villes, massacrant les" habitante, et brûlant surtout, avec une rage fanatique, les églises et les monastères 2.

L'avant-garde danoise approchait de Croyland, abbaye célèbre, dont le nom figurera plus d'une fois dans cette histoire, lorsqu'elle rencontra une petite armée saxonne qui, à force de courage et de bon ordre, l'arrêta durant un jour entier. C'était une levée

1. Turner's Hist. of the Anylo-Saxons, vol. I, p. 513 et suiv.

Page 1