LIVRE II
« bataille, assis à son foyer, entouré de sa famille; 931 « car ses parents y succombèrent, et ses amis n'en « revinrent pas. Les rois du nord, dans leurs con- « seils, se lamenteront de ce que leurs guerriers ont « voulu jouer au jeu du carnage avec les enfants « d'Edward.
« Le roi Ethelstan et son frère Edmund retournent « vainqueurs dans le pays de West-sex. Ils laissent «derrière eux, se repaissant de cadavres, le cor- « beau noir au bec pointu , le vautour à la voix « rauque, l'aigle rapide, le milan vorace et le loup « des bois.
« Jamais plus grand carnage n'eut lieu dans cette « île, jamais plus d'hommes n'y périrent par le tran- « chant de l'épée, depuis le jour où les Saxons et les « Angles vinrent de l'est à travers l'Océan, où ils « entrèrent en Bretagne , ces rudes forgerons de « guerre, qui vainquirent les Welches 1 et s'empa- « rèrent du pays -'. »
Ethelstan fit payer cher aux Cambriens du sud le 931
secours que leurs frères du nord avaient donné à ses 9rj ennemis; il ravagea le territoire des Gallois, et leur
imposa des redevances, premier tribut levé sur eux 9^5
par un roi anglo-saxon3. Les Bretons de la Cor- 937 nouaille furent chassés de la ville d'Exeter qu'ils
1. Weal, iceallisc, icelsh, est le nom générique donné par les Teutons aux hommes de race celtique ou romane.
2. Chron. saxon. } éd. Ingram, p. 141. — Voyez ci-après. Pièces justificatives.
3. Lois d'Hotrell Dda, lib. III, cap. il, Leges Wallicx, éd. Wotton, p. 199.
935 habitaient alors en commun avec les Anglais1. Cette
937 population fut refoulée vers le midi jusqu'au delà du cours de la rivière de Tamer, qui devint alors, et qui est encore aujourd'hui la limite du pays de Cornouaille. Par la guerre ou par la politique, Ethelstan soumit à sa puissance toutes les populations de races diverses qui habitaient l'île de Bretagne 2. Il donna un Norvégien pour gouverneur aux Anglo-Danois de la Northumbrie; c'était Erik, fils de Harald, vieux pirate qui se fit chrétien pour obtenir un commandement.
937 Le jour de son baptême, il jura de garder et de défendre le Northumberland contre les païens et les pirates3; de roi de mer qu'il était, il devint roi de province, comme s'exprimaient les Scandinaves4. Mais cette dignité trop pacifique cessa promptement de lui plaire, et il remonta sur ses vaisseaux. Après quelques années d'absence, il revint visiter les Northumbriens, qui le reçurent avec joie, et le prirent de
U6 nouveau pour chef, sans l'aveu du roi Edred5, successeur du fils d'Ethelstan. Ce roi marcha contre eux
1. ... Cormvallenses ab Excesh-a, quam ad id temporis œquo cum Anglis jure inhabitarant, cedere compulit. (Willelm. Malmesb., de Gest. retj angl., lib, II, apud lier, anglic. Script., p. 50, éd. Savile.)
2. A tempore JEtbelstani, qui primus regum anglorum omnes nationes quœ Britanniam incolunt sibi arrais subegit... (Cbarta Edgari régis, apud Monasticon anglicanum, Dugdale, t. I, p. 140.) — ... Totius Albionis imperator augustus rex et basileus. Totius Britanniœ, cunctarumque nationum quae infra eam includuntur imperator et dominus. (Charte .Ethelstani régis.)
3. ... Qui contra Danos aliosque piratas istam regionem esset tuiturus. (Konung Haekou Adalstens Fostres saga, cap. ni ; Snorre's Heimskringla, t. I, p. 129.)