LIVRE Iï. CHAPITRE III
JeanX, aurait été au contraire, selon Muratori, qui ne nie pas du reste la source honteuse de son élévation , un homme d'une grande âme , d'un esprit élevé et d'un grand courage. Le panégyriste de Bérenger va plus loin ; il représente Jean X comme un pontife plein de sagesse , de lumières et fort attaché à ses devoirs»
Parmi ces qualités attribuées au successeur d'Anastase III , il en est que l'impartialité de l'histoire ne saurait lui refuser , tout en laissant à sa mémoire la souillure de son entrée au pouvoir pontifical par des moyens honteux.
Grandeur de vue , sagesse dans le gouvernement de l'Église, fermeté et constance dans l'accomplissement de ses desseins : telles furent les incontestables qualités de ce pontife célèbre, qui ne mérita ni un blâme sans réserve , ni des éloges exclusifs , ni surtout les malheurs qui flétrirent ses dernières années.
S'inspirant du glorieux exemple de Léon IV, Jean X , à peine parvenu au pouvoir, conçoit le projet de détruire les hordes musulmanes qui infestent l'Italie. En même temps que ses ambassadeurs vont rappeler à la cour de Constantinople les promesses de secours faites au fils d'Atenolphe , et assistent à l'armement d'une flotte qui doit lui venir en aide dans le golfe de t. n. \k
Gaëte, l'habile pontife envoie des émissaires avec de riches présens à Bérenger, pour obtenir son puissant concours dans cette grande entreprise. Soit que ce prince fût arrêté par les frais que pouvait entraîner une telle expédition (1) , soit qu'il voulût mettre un haut prix à la coopération qu'on lui demandait , Bérenger répondit aux envoyés du pape : « Que ne vous adres- » sez-vous à votre empereur Louis ! » En effet , le fils de Boson , bien que réduit par son dernier désastre à ses seules possessions de Bour gogne et de Provence , continuait , lui chétif , lui pauvre aveugle ? à porter le vain titre d'empereur. Jean X comprit la pensée du roi de Lombardie, et aussitôt il montra la couronne impériale à l'ambitieux monarque (2). Bérenger, à ce signal qu'il attendait , rassemble ses troupes ; à leur tête il se rend à Rome et y fait um3 entrée triomphale.
Une nouvelle heureuse précède sa venue, comme un fortuné présage pour les succès bel-
(1) Muratori, T. v, p. 251, anno 915.
(2) D on a duc i (Bercngario) mittit , sacris advectaministris Quo memor extremi tribuat sua jura diei
Romanis, fauvet Ausonias quo Numica terras , Imperii sumpturus eo pro munere sertum Solus et occiduo Cœsar vocitandus in orbe.
(Anoisym. in Paneg. Bereng., lib. îv. )