‹ Histoire de la conquête de la Lombardi (volume 2)Chapitre 127 sur 228 · LIVRE 111. — CHAPITRE 1er · texte numérisé non relu

LIVRE 111. — CHAPITRE 1er

ses circulent dans les rangs de l'armée ; on accuse les officiers et les gardes; on croit à l'enlèvement, au meurtre du roi par des traîtres ; la défiance et le découragement s'emparent de tous les cœurs. Parmi les mille soupçons, les mille propos qui se croisent , qui se heurtent dans ce désordre général , il n'est qu'une seule pensée peut-être qui ne soit venue à l'esprit de personne, et cette pensée c'est le soupçon du fait dans sa réalité. Aussi, qu'on juge de la surprise, de l'indignation de toute l'armée quand un émissaire d'Hermengarde introduit dans le eamp de Rodolphe, vint annoncer, au milieu de la fermentation produite par la disparition du roi, que ce prince s'était, pendant la nuit, rendu de sa personne, et sans aucune suite , dans les murs de Pavie -, qu'il y avait fait sa paix avec la princesse et les principaux rebelles ; que, par suite de cette réconciliation, il avait recouvré la royauté de Lombardie; qu'il ordonnait à ses troupes de lever immédiatement le siège ; et que si l'on hésitait à exécuter son ordre, il viendrait lui-même attaquer ses propres soldats à la tête de ceux qui la veille étaient armés contre lui (1). Le seing de Rodolphe produit par le

(1) GlIJLlNl. — LlUTHPRAND. — MURATOBI.

parlementaire ne laissait aucun doute sur cette déclaration inattendue.

Liuthprand, qui raconte cette incroyable aventure , ajoute que les partisans italiens de Rodolphe , outrés de la conduite de ce prince , honteux d'avoir pris les armes pour sa cause , se hâtèrent de replier leur tente et se retirèrent pour la plupart à Milan. Les soldats de Bourgogne, plus déconcertés encore, reprirent le chemin de leurs foyers.

La double perfidie de la fille de Berthe n'eut pas assez de ces premiers succès; il fallait à l'habileté d'Hermengarde , pour être satisfaite, amener les amis de Rodolphe à prononcer euxmêmes la déchéance de son royal amant , et à appeler au trône celui dont elle préparait l'élévation.

Lambert, archevêque de Milan, qui avant tous s'était prononcé pour Rodolphe , révolté de la conduite inexplicable de ce roi , fut le premier à le déclarer indigne du trône; instrument, sans s'en douter, d'Hermengarde qui avait secrètement fait travailler son esprit, il fut le premier aussi à prononcer le nom de Hugues ; les troupes , venues en ce moment du camp de Pa~ vie, se trouvèrent là tout à propos pour joindre les expressions de leur ressentiment aux plaintes

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de l'archevêque , pour pousser un cri de déchéance contre Rodolphe et se prononcer en faveur du nouveau candidat au trône lombard.

Des émissaires furent délégués (1) vers le marquis de Provence pour lui offrir la couronne de Lombardie qu'il eut l'air de refuser d'abord , pour mieux prendre son temps et donner plus de prix à son acceptation. Un tel choix \ un tel triomphe étaient dignes de couronner les ténébreuses intrigues de deux femmes justement décriées.

Satisfaite d'avoir assuré la ruine de Rodolphe par tant d'intrigues et surtout par le triste rôle qu'elle lui a fait jouer dans cette comédie dont elle tient et dirige tous les ressorts, Hermengarde rend la liberté à ce jeune roi , plus embarrassant et importun pour elle comme captif, que redoutable dans le libre exercice de sa royauté éphémère en Lombardie.

Rodolphe, honteux de s'être laissé aussi grossièrement jouer par une femme, privé de ses soldats'de Bourgogne qui avaient repassé les Alpes, ne rencontrant partout chez les Lombards que des marques de dédain et de mépris, perdant enfin toute espérance de relever, pour le mo-

(l) ÀliW935.

ment , une cause si lâchement compromise par ses inconséquences , Rodolphe n'a pas d'autre parti à prendre que de retourner en toute hâte en Bourgogne. Mais son âme ulcérée emporte la pensée secrète de revenir bientôt disputer à quiconque osera s'y asseoir, le trône de cette même Lombardie qui , si elle a été le récent théâtre de sa folle légèreté , le fut aussi naguère de sa valeur à la bataille de Fiorenzuola.

Quelques mois après ces singulières scènes de Pavie , on voyait un seigneur, suivi d'une brillante et nombreuse escorte, s'arrêter non loin des remparts de Milan , et visiter l'intérieur de la basilique de San-Lorenzo, aujourd'hui renfermée dans l'enceinte de cette capitale. Les murs sacrés qui , cette fois , eurent des oreilles, entendirent ce seigneur étranger dire aux cavaliers qui l'entouraient :

« Voilà un édifice qui , converti en forteresse, » tiendrait dans le devoir, non seulement les » Milanais, mais encore la plupart des princes » d'Italie. »

En approchant des portes de Milan , le même seigneur laissa échapper, d'un ton de forfanterie, ces mots en langue tudesque :

« Je veux perdre mon nom de Burcard, si )> je n'apprends pas à tous ces manans d'Italiens

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