LIVRE III. — CHAPITRE Ier
vœux ; ce fut sans doute pour mieux en assurer l'accomplissement qu'Hermengarde s'empara de la confiance de Rodolphe; arbitre d'une cour dont l'absence de ce prince achevait de la rendre maîtresse absolue, elle souleva tout à coup et les seigneurs et le peuple contre le roi.
A la nouvelle de cette révolte inattendue , Rodolphe rassemble une armée et vient camper sous les murs de Pavie qu'on avait relevés à la hâte.
Son camp occupait le confluent du Tessin et du Pô. La position des assiégés dans une ville détruite , sans ressource et sortant à peine de ses ruines, semblait désespérée; l'audace d'Hermengarde s'accrut avec la grandeur du péril. On ne pouvait conjurer ce péril par la force ; elle eut recours à la ruse.
Une nuit , Hermengarde fait passer à Rodolphe un billet écrit de sa main \ par lequel elle l'avertit que les officiers qui jouissent le plus de sa confiance , trahissent sa cause ; qu'ils lui ont offert, à elle , Hermengarde, de lui livrer leur roi mort ou vif ; et qu'il ne reste plus à Rodolphe d'autre moyen de salut que de se confier au dévouement de son ancienne amie (1).
(1) GlULINI. — MURATORI.
L'imprudent jeune homme, pour qui les premières trahisons d'Hermengarde n'ont été qu'une leçon stérile , s'épouvante à la lecture de cette lettre perfide.
La nuit suivante, l'esprit bourrelé d'inquiétudes , attéré par cette triste confidence qu'il n'ose dévoiler à personne de crainte de rencontrer un conspirateur dans celui qu'il rendrait dépositaire de son secret , et ne se croyant enfin entouré que de traîtres , qui déjà ont fait marché de sa liberté et de sa vie, le jeune roi trompe la surveillance de ses gardes et de ses officiers, quitte secrètement son camp et vient se jeter dans les bras d'Hermengarde.
Cependant le jour revient : les chefs du parti de Rodolphe s'étonnent que leur roi , à l'heure accoutumée, ne se soit pas montré encore à ses troupes ; on se presse autour des sentinelles préposées à la garde de sa personne ; on les interroge; aucune sentinelle, aucun officier n'a vu sortir le roi depuis l'aurore; on n'ose d'abord, par respect, pénétrer dans la tente royale, et l'on se résout à patienter. Mais après une longue attente qui irrite l'impatience et la curiosité , on finit par s'introduire dans l'enceinte réservée au roi seul. La surprise redouble quand on s'aperçoit que Rodolphe est absent; mille conjectures diver-