LIVRE IH. — CHAPITRE II
socié par son père à la royauté, mais non pas aux infamies qui souillent ce trisle règne. Lothaire était digne d'Adélaïde ; une mort prématurée le punira d'avoir cédé à l'élan d'une noble générosité : la fille de Rodolphe, devenue veuve, persécutée par le meurtrier de son mari , désolée et long- temps fugitive , finira , épouse vertueuse, par partager la couche du plus grand homme de son siècle et deviendra l'ornement du plus beau trône de l'univers.
Nous arrivons à la dernière période de ce drame qui s'ouvre à Charlemagne et finit à Othon-le-Grand.
La catastrophe qui se prépare n'est à nos yeux qu'une conséquence logique de la trop longue victoire du génie féodal sur les grandes monarchies ; cette division indéfinie et toujours croissante des sociétés, ce grand fractionnement des États, cet affaiblissement général de toutes les royautés , ce conflit tumultueux et sans arbitre d'ambitions subalternes et rivales , ces désastres récemment éprouvés, ces périls prêts à fondre encore de toutes parts et qu'aucun de ces princes secondaires ne saurait conjurer, soit que le sentiment de leur propre faiblesse glace leur courage, soit qu'un égoïsme desséchant ait engourdi , paralysé leurs cœurs et leurs bras ; tous
ces maux appellent un remède ; et par une réaction nécessaire ; inévitable , les esprits fatigués , remontant aux causes de tant de désastres, vont plus que jamais sentir le besoin d'évoquer une puissance forte , compacte , protectrice ," telle que la chrétienté la vit apparaître et quelquefois lui venir en aide aux beaux temps de Charlemagne et de sa dynastie... Mais c'en est fait des carlovingiens ; leur règne est fini : l'abus du principe qui avait fait leur puissance et qu'ils n'ont su ni régler ni combattre , a entraîné leur ruine.
Un nouvel ordre de choses va se faire jour sous l'influence de la nation qui , jusqu'alors , a su le mieux se prémunir contre les excès d'un régime fatal aux peuples et aux rois , sans toutefois s'en être complètement préservée. Nous insistons sur cet étrange jeu de la destinée. Le gouffre qui, avec Hugues et ses deux successeurs, va engloutir la puissance séculaire en Italie de la lignée tant française qu'italienne de l'exterminateur des Saxons, va se refermer pour servir de base dans la Péninsule, à la domination d'un prince d'origine saxonne; le trône impérial d'Occident va devenir le partage de ce même prince qui, comme le glorieux fils de Pepin-le-Bref , recevra de ses contemporains le surnom de