‹ Histoire de la conquête de la Lombardi (volume 2)Chapitre 146 sur 228 · LIVRE III. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE II

venir de l'outrage que lui a fait son beau-père. Cette réconciliation fut scellée par le mariage à' Aida , fille de Hugues , avec Albéric.

La mort vint surprendre Léon VII au moment où , par suite de cette victoire sur deux cœurs ulcérés et pervers , il méditait le salut de Rome et de la chrétienté. Cette mort livra de nouveau Albéric aux penchans et aux inspirations de sa nature haineuse. Le premier acte de ce prince , que poursuivait toujours le souvenir de l'outrage reçu, fut, dès qu'il ne se sentit plus sous l'influence de Léon VII , de signifier à Hugues, dont il se méfiait du reste à juste titre , qu'il ne lui laisserait plus remettre les pieds dans Rome. On sent ce que dut être pour un homme tel que Hugues cette brusque provocation à une nouvelle rupture ; plus que jamais le beau-père et le gendre se vouèrent une haine implacable.

Ainsi se dissipa en un moment ce rêve qu'on avait cru réalisé par suite des pieux efforts de Léon VII et de la sainte entremise d'Odon. Rome et la chrétienté retombèrent dans le plus triste abandon devant les périls dont elles étaient menacées, et qu'eût conjurés la réconciliation de Hugues et d' Albéric, si elle eût été sincère et durable.

Le roi de Lombardie, soit par une incurie coupable, soit pour se venger d'Albéric et de Rome, soit enfin qu'il jugeât que le temps de son intervention tutélaire dans ces graves conjonctures n'était pas venu encore , fit sourde oreille aux clameurs qui s'élevaient vers lui comme jadis vers Louis II et Bérenger; et il donna le triste spectacle d'un roi puissant , froid et insensible à l'aspect de tant de malheurs publics , satisfait de quelques succès momentanés contre des conspirations intérieures, absorbé par de misérables intrigues, croupissant dans la fange des débauches les plus effrénées , et ne cédant qu'à l'impulsion de ses caprices fantasques et de ses haines meurtrières.

Hugues avait ravi le duché de Toscane à un frère utérin, pour en doter Boson, son autre frère. Maintenant c'est Boson qui déplaît, c'est Boson qu'on ne trouve pas encore assez docile , dont on se méfie et que Ton accuse de tendance à la révolte (1). Hugues chasse Boson, le jette dans les fers , s'empare de ses richesses et donne le duché de Toscane à un de ses nombreux bâtards , Hubert, fils de Waldemonde.

Sur ces entrefaites, Ilduin, archevêque de Milan , vient à mourir. L'historien Arnolphe ra-

(1) Liuthprand, lib. iv, cap. V.

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conte (1) que le roi de Lombardie, voulant remplacer ce prélat par un autre de ses bâtards , trop jeune encore pour occuper le siège épiscopal, fit nommer archevêque le vieil Aldéric qui, en raison de son grand âge , semblait ne pas devoir prolonger long-temps encore sa carrière ; mais, ajoute Arnolphe(2)J voyant que le prélat ne se hâtait pas de faire le grand voyage , Hugues rassemble une diète à Pavie et soulève contre les Milanais, surtout contre leur archevêque, des griefs tels que Ton fait marcher des troupes sur cette ville , qui est attaquée et envahie sur tous les points à l'improviste. Hugues espérait avoir, dans ce conflit, bon marché de la vie du prélat; mais Aldéric échappa au péril. Quatrevingt-dix nobles milanais périrent victimes de cette injuste agression.

Le roi , dit encore Arnolphe , donna dans la suite, à l'église de Milan, en expiation de sa faute , l'abbaye de Nonantida , située dans le comté de Modène, et quœ propter nonagenta saijuris curies sic vocata perhibetur.

Muratori n'admet ni ne repousse toutes les assertions de ce récit; il n'ose pas non plus

(1) ARNULFUS, Historia Mediolanensis, T. jv, Rer. ital.

(2) Nous reproduisons ce récit d'Arnolphe sans y ajouter une foi entière.

accueillir sans réserve , malgré tout le scandale de la honteuse vie de Hugues , le fait suivant que rapporte la Chronique novalaise.

D'après ce vieil écrit , Hugues , à peu près à la même époque, aurait forcé un de ses fils à prendre une épouse de son choix, et cette épouse ne serait arrivée au lit du fils que déshonorée par la brutale passion du père. 0 nefas! s'écrie le moine chroniqueur : 0 libido indomita (1) !

Au milieu de toutes ces turpitudes paraît, pour la première fois, un nom dont le pur éclat brille dans les tristes annales de cette époque , comme une étoile solitaire dans un ciel chargé de tempêtes. Saluons la venue de cet astre si doux, d'Adélaïde, fille de Rodolphe II et sœur de Conrad que la mort de son père a fait roi de Bourgogne; d'Adélaïde, ange de grâce et de bonté , enfant qui compte huit années à peine , fleur d'innocence dont le suave parfum se mêlera, sans rien perdre de sa pureté, aux miasmes délétères d'une cour corrompue !

Adélaïde est fiancée à Lothaire (2) , cet aimable et bon jeune homme, ce fils de Hugues, as-

(1) Chronic. Novalensis, Part. IT,T. Il, Rer. kai, cité par Muratori, T. V, p. 310.

(2) Giulint. — Muratori, 938.

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