LIVRE III. CHAPITRE II
Ainsi Winter, marquis ftlstrie, qui depuis long-temps désolait par d'intolérables vexations le commerce et les marchands vénitiens , avait dû subir à son tour la loi de Pierre Candiano , et d'oppresseur de Venise en devenir le tributaire.
Le gondolier du Canal-Grande, le marchand de la place de San-Marco et du pont de Rialto , le gardien du palais ducal , s'émeuvent encore au nom de Pierre Candiano quand ils vous font le récit et vous expliquent les causes de la fête commémorative et annuelle si long-temps conservée à Venise sous le nom de la Fête des Mariés...
Voici ce qu'ils vous racontent :
La république de Venise dotait annuellement douze jeunes filles. La veille de la Chandeleur, ces heureuses fiancées recevaient l'anneau de l'hymen, et le même jour était consacré aux plus brillantes unions dans les classes élevées. Ces cérémonies nuptiales se célébraient dans l'île à'Olivolo, située à l'extrémité de la merveilleuse ville qui , fraîche et brillante , se mirait dans les flots de sa mer paisible.
Un jour, c'était la veille de la Chandeleur, on vit des myriades de gondoles étincelantes de riches ornemens , serpenter, glisser le long des
édifices de la cité ? et porter à l'île heureuse des essaims de jeunes épouses magnifiquement parées qu'entouraient leurs parens, leurs amis, et que suivaient des fiancés ivres de bonheur et d'espérance. L'île d'Olivolo , ornée de banderoles et de guirlandes de fleurs dont les mille festons parfument les airs , reçoit cette foule élégante qui \ en abordant au rivage , la salue de ses chants joyeux et se dirige vers la sainte
demeure Des couples d'amans et d'époux
moins riches en parures, mais aussi fraîchement costumés, aussi radieux de joie, aussi beaux et plus bruyans encore, suivaient les élus de la richesse et du luxe ; partout et pour tous il y avait là écho de chants d'allégresse, échange de douces paroles. Toute cette foule, s'acheminant vers la sainte chapelle du lieu, alla s'agenouiller sur les dalles du sanctuaire. Elle priait , elle chantait de saints cantiques, quand tout à coup retentit un cri sauvage suivi de féroces clameurs : les chants pieux s'arrêtent; les voix menaçantes s'approchent et redoublent d'éclat; chacun pressent un danger terrible : on frémit, on se presse, on se porte en foule vers les portes de la pieuse demeure pour essayer de fuir, mais il n'est plus
temps Des pirates d'Js trie , dans l'espoir
d'une riche proie, étaient venus se cacher en