‹ Histoire de la conquête de la Lombardi (volume 2)Chapitre 150 sur 228 · LIVRE III. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE II

embuscade dans l'île d'Olivolo. Au moment où les jeunes époux et leurs familles étaient tous réunis dans l'église, les forbans, sortant de leur repaire , s'étaient précipités vers l'enceinte sacrée : ils en franchissent le seuil ; l'effroi est à son comble ; les cris d'épouvante redoublent à cette affreuse apparition. Les Vénitiens, jeunes et vieux , étaient sans armes ; vainement ils tentent de lutter contre les agresseurs armés de toutes pièces, et dont le nombre s'accroît de moment en moment... Les brigands arrachent les jeunes fiancées des bras de leurs pères , de leurs amans, de leurs mères éplorées , les entraînent ou plutôt les emportent en luttant contre leur impuissant désespoir, les entassent dans des barques amarrées sur la plage , et gagnent bientôt le large avec ce riche butin.

Pierre Candiano surpris , lui aussi , sans armes au milieu de la fête, n'avait pu comme les autres, opposer qu'une vaine résistance; mais le cœur ulcéré de l'affront sanglant que vient de recevoir la république, il jure d'en tirer vengeance à l'instant même. Venise le voii bientôt dans ses murs. Le peuple s'assemble en foule à sa voix ; partout on apporte des armes. Les habitans de Santa-Maria-Formosa réunissent toutes leurs barques -, c'est à qui secondera

le mieux la fureur de Gandiano. On se lance à la poursuite des ravisseurs , on les pourchasse avec une ardeur si grande que les brigands sont atteints à Gaorlo; on les attaque, on leur coupe la retraite : tous tombent au pouvoir des Vénitiens qui en font un horrible carnage ; et le doge, couvert de sang, rayonnant de bonheur et de gloire, ramène en triomphe les belles Vénitiennes à leurs parens , à leurs époux , qui déjà croyaient ces pauvres victimes perdues à jamais pour eux.

En mémoire de cet événement , et en reconnaissance pour le vengeur de l'hymen outragé , il fut décidé que tous les ans les jeunes filles de Venise se rendraient en procession dans l'île tYOkwolo où les accompagnerait le doge.

Cette solennité fut religieusement observée pendant plus de quatre siècles.

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