LIVRE III. — CHAPITRE
venait de donner le signal de la retraite ; son armée , gorgée de rapines et de butin, s'ébranlait déjà pour retourner en Lombardie , quand un cri*soudain, une voix depuis trop long-temps méconnue , la voix du chef de l'Église romaine retentit au milieu de son camp et ranime toutes ses espérances.
Cette voix venait aussi de se faire entendre sur les bords du Bosphore , dans toute l'Italie et jusques au fond de la Provence.
Etienne VIII , successeur de Léon VII , était mort. Marin II l'avait remplacé sur le trône pon tifical (1). Le nouveau pape s'était indigné de voir les princes de la chrétienté user leurs forces, décimer leurs peuples par des guerres intestines, tandis que les Sarrasins, postés aux Fraxinets(2), recommençaient leurs excursions dévastatrices , et, redoublant d'audace, osaient passer les Alpes et menacer de là l'Italie. Le pontife invoquant auprès des princes chrétiens les exemples de Gharlemagne , de Louis II et de Bérenger, les appelait aux armes. Comme avait fait naguère Jean X à l'égard du dernier de ces monarques, il flatta l'ambition de Hugues en lui offrant pour cette guerre sainte le bâton de com-
(1) Année 94 .2.
(2j On Fressinen.
mandement que la victoire pouvait changer en sceptre impérial. Hugues , qu'exalte cette offre brillante , se hâte de mêler au belliqueux appel du pontife son cri de guerre contre les infidèles.
Constantin et Romain y empereurs de Constantinople , envoient une nombreuse flotte commandée par Anastase. Gênes arme ses vaisseaux sous la conduite de Jérôme Doria (1). Une foule de princes et de seigneurs puissans courent aux armes ; toutes les villes de Provence et d'Italie mettent sur pied leur contingent de guerre.
L'un des premiers mois de l'année suivante est fixé pour la concentration de toutes les forces non loin des Fraxinets de Provence. L'armée de terre? rassemblée à cette époque sous les ortires immédiats de Hugues (2), d'abord dans la plaine de Draguignan \ combine ses mouvemens de manière à paraître devant le refuge des Maures en même temps que les vaisseaux de Constantinople et de Gênes,
(1) Giustiniani, Annal, di Genova. — Eût de Nice, par Louis Durante, T. Ier, p. 139 et suiv.
(2) Selon l'historien de Nice, Hugues se serait embarqué sur la flotte gréco-italienne et aurait laissé le commandement des troupes de terre à Guy de Balbs.
Muratori pense , au contraire , que le roi de Lombardie vint aux Fressinets avec son armée de terre.
Ugo net medesimo tempo ( pendant l'attaque tentée par la flotte) 3 arriva per terra a Fressinetto colla sua armata. (Muratori, T. v, p. 319, anno942.)