LIVRE III. CHAPITRE III
Anaslase et Doria, arrivés au golfe de Sem~ brade , trouvent les nombreux navires des corsaires réunis les uns aux autres par de fortes chaînes , présentant le front d'un rempart inabordable. Ànastase jette aussitôt sur cette formidable ligne le feu grégeois dont la découverte récente a déjà servi utilement les flottes du Bos phore (1); en un moment les vaisseaux ennemis deviennent la proie des flammes : une barrière terrible, une ceinture de feu s'élève entre les chrétiens et les corsaires. Ceux-ci, épouvantés par les progrès de l'incendie qu'ils s'efforcent vainement de maîtriser, abandonnent leurs navires et gagnent en désordre les premières hauteurs qui dominent le Golfe; mais là de nouveaux périls les attendent ; Hugues , à la tête de l'armée de terre , fond sur eux avec im pétuosité. Cette vive attaque, qui met l'ennemi entre deux feux , achève de porter le désordre et la terreur dans les rangs des Sarrasins.
Un seul refuge reste aux vaincus, c'est leur Fraxinet; ils s'y portent en foule : l'armée chrétienne, pleine de courage et d'ardeur, les pour suit à travers les ravins et les rochers escarpés ,
(1) GllJSîlNlANl, Ahil di Gcnuva. — DUKA1N 'LE,. Hist, de
Nice.
jusqu'aux pieds des formidables retranchemens de cette redoute fameuse.
L'héroïque résolution des troupes de Hugues prêtes à renverser tous les obstacles , effraie les infidèles, même derrière ces remparts (1) qu'ils avaient si long-temps crus inattaquables ; ils s'y défendent encore toutefois et y soutiennent quelques nouveaux assauts. Bientôt décimés par la famine et par le feu de l'ennemi, pressés de plus en plus par les progrès des assaillans , ils abandonnent cet asile pour se replier sur les sommités presque inaccessibles qui s'élèvent au dessus du golfe de Sembracie... Là encore leurs oreilles épouvantées entendent les cris de mort partis des rangs de l'armée chrétienne; partout on y demande le signal d'une nouvelle attaque ; un peu de persévérance, encore un effort et le triomphe des troupes coalisées est complet... Mais l'esprit de Hugues était depuis quelque temps livré à de graves perplexités. Ce monarque, détournant ses regards du théâtre de la guerre, les reportait incessamment sur l'Italie, où de loin son inquiète imagination lui faisait entrevoir d'éminens pé
(1) Les montagnes où se retranchèrent les Sarrazins prirent dans la suite le nom de Monts Maures qu'elles ont conservé depuis. (Papon , Hisi. gêner, de Prov. — Durante, Hist. de Nice.)