‹ Histoire de la conquête de la Lombardi (volume 2)Chapitre 159 sur 228 · LIVRE IU. CHAPITRE IIÏ · texte numérisé non relu

LIVRE IU. CHAPITRE IIÏ

dont le souvenir, importunant Hugues au milieu de ses premiers triomphes sur les Maures, avait peut-être le plus contribué à la désertion de ce roi devant des retranchemens près de tomber en son pouvoir, Bérenger, justifiant enfin toutes les appréhensions du despote, s'apprêtait à porter le coup mortel à cette puissance que les mains de son père avaient édifiée en partie. Hugues , tyran voluptueux, violent et farouche, allait , après un trop long règne , céder le trône à un tyran non moins dissolu, non moins fourbe, non moins cruel... Un descendant de Charlemagne par Bérenger, allait prendre la place d'un autre descendant de Charlemagne par Lothaire de Lorraine, pour la céder un peu plus tard à Othon de Germanie.

Le marquis d'Yvrée demandait depuis longtemps, mais en vain, à Othon un corps de troupes qui pût lui frayer le chemin de la Péninsule italique. Othon avait encore dans son royaume trop d'affaires sur les bras , dit Muratori (1), pour prendre prématurément fait et cause dans une querelle dont les suites pouvaient avoir tant de gravité.

Un jeune seigneur, désigné dans l'histoire

M) Ami. d'It.t, T. v.

sous le nom d' Arnédée (1), ami de Bérenger, et compagnon de son exil à la cour de Germanie, conçoit le hardi projet de préparer lui-même la rentrée de son maître en Italie, sans recourir à la protection toujours dangereuse de l'étranger.

« L'Italie, » dit Amédée au fils d'Adalbert, « est lasse de son roi : les grands et le peuple ne » subissent plus qu'avec impatience un joug qui » fait leur malheur et leur honte : permettez » que j'aille sonder moi-même les cœurs , dis- » poser les esprits et hâter la chute du tyran. »

L'audacieux jeune homme part avec l'assentiment de Bérenger. Travesti en mendiant, armé du bourdon et de la besace , en compagnie de quelques pauvres pèlerins qui faisaient par dévotion le voyage à Rome , il parcourt avec autant d'adresse que de bonheur les États de Hugues ; visite en secret des évêques , des comtes et les seigneurs les plus puissans d'Italie; il sonde leurs sentimens à l'égard du roi, s'ouvre à ceux qu'il trouve les plus exaspérés, et conspire avec eux la ruine du despote. Ses intrigues , bien qu'ourdies avec habileté, ne purent s'envelopper d'assez de mystère pour échapper complètement à l'inquiète inquisition de Hu-

(1) Liuthprand. — Mnurom. — GlULÏRI.

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