LIVRE 111. — CHAPITRE
gués, dont. le royaume était encombré d'espions.
Des ordres rigoureux pour un renouvellement de surveillance, partirent aussitôt de la cour de Pavie; mais Amédée, chaque jour et même plusieurs fois par jour, changeait de rôle et de déguisement ; sa longue et belle barbe , ornement des hommes de cette époque, ses sourcils, ses cheveux changeaient à chaque instant de teinte et de nuance : tantôt il était borgne, tantôt aveugle, puis sourd ou boiteux. Il osa, sous un de ces déguisemens , se présenter un jour au roi lui-même, au milieu d'une caravane de pèlerins tout courbés sous le poids de l'indigence; et il obtint une vieille défroque, pour sa part des largesses du souverain.
Quand il eut bien noué ses intelligences avec les grands, quand il se fut bien assuré de leurs dispositions et de leur concours, Amédée reprit le chemin de la Germanie ; mais apprenant qu'aux frontières tous les voyageurs étaient soumis par ordre du roi aux plus sévères perquisitions , il se jeta dans les montagnes , suivit des chemins ignorés, des sentiers inconnus, et parvint enfin à rejoindre son maître à la cour d'Othon.
Noble et beau dévouement ! Pourquoi faut-il que le prince qui l'inspira et qui le mit à profit,
en fût si peu cligne ! Les plus belles causes ont des renégats et des félons , comme bien souvent les causes les plus injustes trouvent des cœurs loyaux mais abusés , prêts à les soutenir.
La fortune allait abandonner Hugues , et , comme pour l'éblouir, comme pour lui cacher l'abîme qui s'ouvrait devant lui , elle lui jetait en fuyant une nouvelle et dernière faveur.
Au milieu de ces sombrer préoccupations de Hugues , Romain4e-Jeune , empereur d'Orient, lui fit demander une de ses filles pour épouse. Le roi de Lombardie n'avait plus de fille légitime dont il pût disposer; son audace, sans s'en émouvoir, envoie à Constantinople la jeune Bertlie , enfant qu'il avait eue d'une de ses courtisanes. L'orgueilleuse cour d'Orient, se montrant satisfaite de ce choix, fit à Berthe la plus brillante réception. La jeune princesse , selon l'usage de cette cour, changea de nom en montant sur le trône d'Orient, et fut appelée Eudoxie... Ce fut le dernier triomphe de l'orgueil du roi Hugues.
Le prince qui avait trahi, persécuté, dépouillé tous ceux qui l'avaient fait puissant, allait à son tour subir les amères atteintes de l'ingratitude. Ceux qu'il avait le plus comblés de faveurs et de largesses, ceux là même dont l'ambition