LIVRE III. CHAPITRE V
réduit par les maladies et la famine ? ce brave guerrier se décida à faire connaître sa position désespérée au roi de Germanie. Othon , lorsque lui parvint ce message, venait de se réconcilier avec son fils ; d'autres succès récens contre les Hongrois et les Esclavons lui laissaient un moment de trêve. Il se hâta d'envoyer ce même fils Ludolphe au secours du défenseur d'Adélaïde (1). A l'approche de l'armée germaine , Bérenger leva prudemment le siège de Canossa. Le fils d'Othon-le-Grand eut peu de peine à s'emparer de presque toute la Lombardie \ et il allait la soumettre toute entière, quand il fut arrêté dans le cours de ses triomphes par une mort prématurée que l'on attribua généralement au poison.
(1) Quelques historiens * affirment qu'Othon vint luimême au secours de la forteresse où se défendait Azzon ; qu'il défit l'armée de Bérenger dans la plaine de Canossa , à Fontana ; qu'il l'emmena prisonnier en Germanie où ce prince mourut bientôt après. Ils ajoutent qu'Adalbert fut reconnu par les Italiens roi de Lombardie , après la défaite de son père ; qu'il reprit le siège de Canossa ; que Ludolphe, alors seulement , fut envoyé contre lui, et que le fils d'Othon fut tué d'un coup de lance par le fils de Bérenger.
Des actes publics cités par les écrivains dont nous avons adopté l'opinion , établissent la présence d'Othon en Germanie, quand les autres le font combattre à Fontana, et la présence de Bérenger en Lombardie , quand on le fait prisonnier à la cour du prince germain.
* Donizon et plusieurs écrivains d'après lui.
Les soupçons durent se porter et s'arrêtèrent en effet sur celui qui avait payé par le poison sa dette de reconnaissance envers Lothaire , sur Bérenger , le cruel persécuteur de la veuve de sa victime.
Ludolphe, par ses deux révoltes successives, avait donné de grands sujets d'affliction à son père ; mais Othon avait pardonné au fils rebelle, et il pleura d'autant plus amèrement le fils repentant et soumis , qu'il ne se sentit pas en mesure de venger sur-le-champ le lâche attentat dont on accusait Bérenger. En effet , au moment où lui parvint cette triste nouvelle, sa lutte contre les Hongrois que Ludolphe avait dans le temps appelés à son aide, et dont le jeune prince , réconcilié avec son père , avait tenté plus tard mais vainement d'éloigner de la Germanie, cette lutte venait de recommencer plus active, plus acharnée que jamais. Othon était condamné , avant de pouvoir venger la mort de son fils , à soutenir pendant trois ans encore cette guerre, à laquelle enfin vint mettre un terme son immortelle victoire sur les bords du Lee h.
Ce dut être un temps de bien dure épreuve et d'intolérable oppression pour la Lombardie, que ces trois années de répit accordées encore à